La Dépression Nerveuse 5

Un article de Voyage au bout de l'ennui.

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VIII


J'ai de nouveau quitté l'hôpital… j'avais un ticket pour une vrai clinique psychiatrique… une clinique où l'on discute… pas un ghetto à parquer les bœufs… j'allais y faire une psychothérapie de groupe… on allait parler, s'exprimer… le pied… Le psy me l'avait dit : " Il me semble que les filières classiques de traitement des troubles du comportement ne vous conviennent pas…"

Françoise, quant à elle, était sous le charme de son sauveur, on discutait plus trop d'ailleurs depuis que je lui montrais que je n'étais pas dupe de son manège… qu'à mon avis l'intérêt que lui portait l'infirmier n'était pas compris dans le forfait journalier…mais elle ne voulait pas rester seule, Roméo ne venant que trop peu de temps dans la journée pour pouvoir nourrir le sentiment de vide existentiel qui la bouffait à l'intérieur… elle avait peur de se retrouver trop seule à traîner dans les couloirs aux odeurs de désinfectants, à attendre Ulysse, qui d'ailleurs, une fois le plaisir de chair consommé n'était plus aussi empressé, oubliant de plus en plus régulièrement, par "surcroît de travail", de venir voir celle à qui il avait promis de la réintroduire dans 'la vrai vie', toujours à coup de sport, infirmier oblige, mais cette fois-ci de sport en chambre… alors Françoise a demandé au psy si elle pouvait aller aussi, dans cette clinique… qu'elle voulait, elle aussi parler pour se soigner… faire de la psychothérapie… ces parents ont signés leur accord, tout contents qu'elle leur demande quelque chose, qu'elle daigne leur téléphoner depuis deux semaines… tout contents d'avoir un signe de vie de quelqu'un qui avait si bien su s'enfuir à chaque tentative d'approche… Alors nous avons tous les deux dit "au revoir" au pavillon des urgences psychiatriques… jusqu'à la prochaine fois…. Jusqu'au prochain mal-être qui je ne le savais pas encore ne se soignait nulle part… et surtout pas dans les établissement recommandés par 'Le guide du Routard' psychiatrique édité par la Sécurité Sociale…

C'était la clinique du Chabrier, en pleine cambrousse, dans les Monts du Lyonnais… une vieille ferme immense, toute retapée, toute moderne à l'intérieur, avec les anciens greniers transformés en dortoirs… pas un village autour… rien à moins de plusieurs kilomètres… un grand porche qui donne sur une cour immense de graviers… et plein de 'patients' qui déambulent dehors ou dans les pièces remplies de chaises, comme toujours ensemble, rien qu'entre eux… … des tas de causoirs, vérandas, et autres où ils ne faisaient rien d'autres que parler, toujours parler, à pas comprendre ce qu'ils foutaient là, à ce dire qu'ils n'étaient pas plus bêtes que les autres, qu'ils avaientt tout fait comme c'est écrit sur le manuel du parfait petit citoyen… à parler aussi de rien d'autres que de la petite vie de tous les jours, comme on parlerai à ses collègues de travail, à montrer les photos des gosses et des petits enfants, et les recettes de cuisine et à raconter la mort de la dernière tante éloignée… pendant des heures… tout çà pour attendre la becquée du soir et après la nuit pour dormir…

Avec Françoise, nous avions espéré trouver des frères et sœurs de galère qui avaient enfin compris que tout çà c'était du toc, qui allaient parler avec nous de la vraie vie, de philosophie, psycho et autres… que nous allions ensemble réexaminer un peu tout çà : le gens qui se parlent pas, se déchirent, s'ignorent même entre voisin… qu'entre dépressifs au moins, on allait changer un peu ses règles à la manque… que puisque le roi était nu, puisque nous étions K.O par terre, on allait enfin se parler, se regarder, exprimer ce qu'on avait au fond des tripes… toute cette douleur, cette absurdité de la vie… qu'on allait enfin arrêter de se prendre au sérieux, avec la hiérarchie sociale et tout le tralala… mais non, mes amis, nous avions surestimés les capacités des braves bœufs d'êtres humains qui apparemment ne se servent de leur intelligence que pour uniquement additionner et soustraire les dollars… le reste prière de ne pas remettre en cause, de ne pas aborder le sujet sinon tu es un fou, un sectaire…ici aussi… partout...

La règle du 'tout va bien, surtout ne changeons rien' était donc valable ici aussi… seules quelques règles hiérarchiques changeaient… le psychiatre remplaçait le patron et le gouvernement… les infirmiers remplaçait la police… quand à nous, nous étions toujours le bétail nommé cette fois 'patients' plutôt que 'citoyen'… après un bref référencement au secrétariat pour prendre ton numéro de compte bancaire et pour te donner le numéro de ta chambre et de ton lit, on te laisse divaguer la journée dans ce noble établissement, laissant aux autres 'patients' le soin de te montrer comment on meuble le temps, et ou se trouve le distributeur de café.

Le soir, enfin, après avoir été appelé, nous avons assisté à notre séance de thérapie de groupe, autour d'une grande table avec plein de patients tout content d'être là, qui se connaissaient tous, depuis belle lurette…

Ah ouais, c'est sûr, on allait discuté, pendant 30 minutes installés autour de la table, à attendre que le chef arrive… et une fois le maître arrivé, les gentils adeptes qui ne savaient pas comment lui sourire, au chef, comment lui montrer encore plus toutes leurs dents… Ah ouais, un nouveau style de psychiatre, en jeans, tout sourire, un dechavane de la psychiatrie, avec sa cour, chacun essayant de se faire remarquer, de dire la phrase qui retiendrait son attention, et lui, au milieu, à sourire aux bons mots, en regardant celui qui s'est exprimé comme on regarderait un gamin à qui on fait une petite tape sur la joue, et puis à disserter, à discourir sans cesse, à jouer à Joe la science à chaque intervention, à tirer des tas de symboles de chaque événement, s'écoutant parler en regardant le plafond, extatique, pas moins que les autres qui buvaient ses paroles, et çà pendant une heure… Une heure de Jésus Christ au milieu de ses apôtres, de Dalaï-Lama au milieu de ses bonzes, de la psychiatrie qu'ils disent, et ces excités qui tour à tour, se coupant la parole, racontent leurs vies, leurs rêves, pour que le maître dise quelque chose de positif sur eux, une vague bénédiction papale, remplie de termes psychiatriques, de délires freudiens et çà devant tous, histoire qu'il y aillent des témoins pour rapporter çà au monde, au dehors… Pour certains çà faisait quinze ans qu'ils venaient là, quinze ans à payer pour aller mieux, à pas pouvoir se passer de cette secte, à venir même après leur travail, à s'être marié ici avec d'autres 'patients', à avoir pour certains plaqués femmes et enfants, et à venir deux fois par semaine, payés leur petite heure de positivisme, à se sentir existé uniquement dans les yeux du grand chef, et à pas pouvoir voir la vie autrement… Dans les couloirs, on en avait rencontré plusieurs dans la journée, à nous raconter leur vie, qui ne se raccrochait plus qu'au Chabrier, plus qu'aux psychiatres et leur thérapies de groupes… Des années qu'ils venaient faire des stages, qu'ils entraient, ressortaient et revenaient de nouveau, dans un cycle sans fin, et tous çà, loin , paumé dans la campagne, au frais de la sécu, une petite communauté reconnue par la merveilleuse profession de la santé mentale…

Au milieu d'eux, une vieille qui se met à hurler... Ca y est, je me dis, une qui vase mettre en trance... Elle dit: "Non, je ne veux plus vous parler.." Elle les fait rire...Elle a l'air en colère; çà lui a pris soudainement comme çà... Elle regarde tout le monde, les uns après les autres... Elle répète: "Je ne veux plus vous parler..."... Un essaye de lui demander pourquoi mais elle ne réponds pas... Lechef intervient... "Depuis que Francine a un appareil, j'ai l'impression qu'elle nous entends de nouveau... J'ai même l'impression qu'elle entends même beaucoup plus..."

et ils rigolent... qu'est-ce qu'ils rigolent... Je ne vois pas ce qu'il ya de drôle... La mémélance des regards en colère sur tous... Elle est plein délire... "Rendez-moi mon shall" qu'elle dit... Elle veut son shall.. Et ils se bidonnent..."On l'a pas ton shall, tu nous saoule avec..."dit l'une... Elle lance des regards craintifs à tous... Je ne peux pascroiser ce regard de détresse...Sa voix tremble maintenant... "Rendez-moi monshall..."... elle se lève, pleure ou hurle ou les deux à la fois... Le chef dit "Martine retiens là... Calme-là Martine..." Martine l'attrappe, la réconforte... L'autre continue dans son délire... "Je veux mon Shall"...toute triste, Martine la rassise... la mémé regarde le centre de la table... elle marmonne..."Voleurs, vous avez pris mon shall..."... Les larmes coulent sur ses vieilles joues... Elle veux son shall... Les autres sont silencieux... Pendant que la mémé hocquète...

Puis le chef se remet à parler... "Nous en étions où Georges... Ah oui, tu nousracontais ton rêve... Alors tu étais au bord de la plage... et donc..." Georgesreprend... "Oui, j'étais au bord de la plage, je voulais me baigner, alors je me suis enfoncé dans l'eau... Je veux dire, j'ai plongé... Je ne veux pas laisserdes idées à ces dames... l'image de s'enfoncer, je sais bien ce que celàsignifie... mais je ne suis pas frustré de ce côté-là.." Rire de l'assistance..."Une fois dans l'eau, j'ai entendu un son sur la rive... C'était le son d'unhaut-parleur, tu vois René... une sorte d'énorme haut-parleur..."... "Ta conscience, donc..." dis René sans connaitre la suite du rêve..."... "Oui, celà doit-être çà ma conscience, celà faisait un boucan pas possible..."

"Essaye d'écouter ta conscience, elle veut te dire quelque chose, Ecoutes ce que veulent te dire les hauts-parleurs, c'est un signe d'un évolution,d'une prise de conscience...La suite de ton rêve va nous l'indiquer..."

"Oui mais voilà, je ne m'en rappelle plus..." Rire de certains... Le chef ditencore: "Celà n'est pas étonnant que tu ne t'en rappelle plus alors..." De nouveau des rires...

Alors francoise s'est levée en se marrant ironiquement, elle a claqué la porte bien fort, en disant que c'était pas croyable… Mahomet l'a regardé partir sans s'énerver, calme, méditatif, il devait avoir l'habitude… Les autres se sont retournés vers la porte, vers l'endroit ou ils n'avaient senti qu'un courant d'air, absorbés qu'ils étaient à décrypter les messages du bouddha, à méditer sur leurs rêves ou sur leur shall…. Leurs visages étaient devenus désapprobateurs, le front plissé, fermé… Ils se demandaient quel malotru pouvait troubler la symbiose, le nirvana enfantin qui les unissait au Maître… Comment pouvaient-on cassé ses énergies qui s'élevaient toujours plus haut, plus haut ver le point Oméga… Lui, a souri… Lui, il savait… Il a juste dit: "Elle n'est pas prête"… Ils se sont retournés de nouveau vers Lui, retrouvant leur joie, les traits surpris, agréablement étonnés… Evidemment, cela ne pouvait être que çà…. Le Maître avait bien répondu… Elle n'était pas prête… Il fallait la préparer, voilà tout… Dire qu'ils avaient failli être déstabilisé par une débutante, une inexpérimenté, quelqu'un qui n'avait jamais pratiqué… c'était une réaction normale, référencée, en fait, ils avaient, eux atteints un niveau de conscience, par le 'travail' qu'ils faisaient ici, qu'elle n'avait pas atteint… Françoise, pour eux, venait de rencontrer la réalité en face, et c'est la surprise de la réalité qui l'avait fait réagir… La prise de conscience avait été trop vif en Françoise, trop soudain pour ses neurones endormies… Leur petit univers pouvait recommencé à fonctionner… ils étaient dans le vrai, dans le véritable… c'étaient des chercheurs… Ils s'approchaient de la lumière, ils travaillaient ensemble à se changer, se transformer, sous la force, le souffle du Maître, leur vie avait un sens, un but, s'améliorer, se changer pour vivre mieux.

Moi, je regardais mes pieds… J'avais envie de rire, envie de pleurer ou de tout casser… Cette histoire n'en finissait donc pas d'être stupide… Voilà que j'étais tombé dans une secte… Voilà que la sécu m'avait placer officiellement dans cette communauté fermée, moi 'le sectaire', le taré… Pour me soigner on me proposait des genres encore plus grave que moi… voilà ce que l'on me proposait soit les fantômes droguées, soit les allumées du bocal tenant leurs conférences symbiotiques… Soit la prison avec des barreaux, soit la prison mentale… Toujours enfermé d'une façon ou d'une autre… Quand la société se charge de toi, t'attends pas à ce qu'elle cherche à te construire ou à te développer, elle te moule suvant ces normes, le plus économiquement possible, empruntant des raccourcis à la limite du hors-jeu… exu-aussi… Ca commencait juste et je sentais déjà que je tournais en rond… désespéré au bout de 2 mois… Si j'avais su ce qui m'attendait encore…

Le lendemain, c'était la grande conférence, dans l'ancienne grange, avec Guy, le grand chef…Tout les patients assis contre le mur et au milieu d'eux un grand vide, rien… Tout autour de la pièce 80 patients assis à attendre en papotant… Le rendez-vous était à neuf heures et quart…. A neuf heures et demi, toujours rien… parait que c'était normal… des fois, on attendait plus longtemps… Avec françoise on avait trouver une rangée pour s'asseoir avec une curieuse chaise blanche… Tranquilles toute une rangée pour nous… Mais une patiente était venu vers nous pour nous dire: "Vous mettez pas là, c'est la place de Guy"… Alors on s'est mis ailleurs… Alors toutes l'équipe est entrée par une porte près de la rangée, LEUR porte… Guy s'est mis sur la chaise blanche du milieu… l'équipe médicale autour de lui avec des calepins pour noter…tous sérieux… Guy a ouvert la séance de travail en demandant à la cantonnade de quoi on allait parler… Un silence s'est installé… Personne ne parlait… une bonne minute comme çà… et puis deux se sont mises à vouloir à parler en même temps… celle qui parlait le plus fort à continuer… elle nous a fait le coup du délire comme la vieille de la veille… elle a dit qu'on voulait la brîmer mais qu'elle ne se laisserait pas faire… qu'elle n'allait pas brimer l'enfant qui était au fond d'elle… Guy a répondu: "Il faut laisser aller les chevaux de la colère, libéré les flots de l'amertume…" Puis un syndicaliste du fond, enfin quelqu'un qui ressemblait à çà à commencer à prendre la parole avec lui aussi un calepin… Il a demandé des tas de choses… de l'eau chaude dans les douches qui n'arrivait pas pour les derniers… aux séances qui ne duraient pas assez longtemps… à chaque réponse agaçée de Guy, il notait quelque chose sur son calepin… Il jouait son rôle comme à l'extérieur, aussi débile et pénible, à "sauver" ces petits copains… "l'équipe thérapeutique", écoutait, les uns griffonnant, les autres regardant celui qui parlait, muets et inexpréssifs comme des pierres, même pour les questions de WC bouchés (comme eux)…une plombe avec le syndicaliste et avec l'autre folle qui n'arrêtait pas d'intervenir… Guy préférait la folle…les autres attendaient, devaient sûrement trouvés un sens à tout çà, à Guy sur sa chaise blanche, à ses échanges imagées avec la folle, aux revendications du C.G.Tiste, à la ligne des têtes lugubres qui écoutaient sérieusement, nous, Francoise et moi, on se regardait, on avait plus envie de rire, mais plus du tout...

Comme un malheur n'arrive jamais seul, comme il fallait bien touché le fond, à la fin de cette séance de thérapie de groupe ou 100 personnes avaient laissés délirés trois individus, en sortant, en trainant négligement avec Françoise dans la cour, poussant du bout des pieds les petits graviers, je tombais sur mon père et ma mère. Mon père que je n'avais pas vu depuis au moins trois ans, mon père le nouveau méridional, la nouvelle Victime de la vie, de sa femme, de son fils, de son fisc, de ses élèves, de son proviseur, de sa mère, de ses frères et de ses soeurs, ce serait le malheur... mon père venait voir ce qui se passait dans ma vie... ôhhh, pas par lui-même, pas par pur désinteressement comme on le verra plus tard, non, mais quand même.. Il passait sur Lyon, il passait pour aller voir sa vieille mère, c'était le chemin entre chez lui et la Saône et Loire,entre son Midi et un gros paquet de pognons qu'il fallait gérer avant la mort de la vieille... Alors il s'était arrêter, surtout que ma mère depuis le début de mes délires lui avait téléphoné plusieurs fois, voilà 6 mois... Il n'avait pas pu venir avant, il n'avait pas pu venir pour moi, simplement pour moi... Là çà tombait bien, c'était son chemin, comme plusieurs fois par an, il passait par là... C'était la première fois qu'il s'arrêtait d'ailleurs, qu'il se rendait compte qu'il passait à 1 Km de chez son fils, qu'il n'y avait qu'un petit crochet à faire pour le voir, son fils... Il était surpris, très surpris de mon état... Cà je n'en doutais pas: Lui à ne se soucier que de ses malheurs, que de ses problèmes de sous, devait être étonné, d'autres que lui pouvaient souffrir, d'autres que lui avaient des problèmes, et en plus un méchant, un qui était un Persécuteur selon son monde, ce Méchant souffrait, pour lui c'est sûr c'était bien le monde à l'envers, il avait l'air hébété, il ne le feignait pas pour une fois, c'était la surprise, même si il était au courant depuis 6 mois et même bien avant d'ailleurs, mais il devait supposer dans son univers de persécuté que ces informations venant de ma mère, n'était qu'une vaste manoeuvre pour lui demander du fric, ce fric qu'il gagnait à la sueur de son front et que cette mégère et ce bâtard lui prenait pour s'engraisser, lui le travailleur qui nourissait des bouches sans fond parce qu'une justice bien mal faîtes lui avait demandé de payer la pension alimentaire qu'il devait.

Ce brave et honnête homme qui avait coupé les vivres de cette pension alors que ma mère avec un petit smic nous faisait vivre, lui le pauvre enseignant à 10.000 francs par mois quand le smic était à 5000 francs. Lui l'homme seul dans une maison finie de payer et ma mère nous nourissant tous les deux avec un loyer en plus. La justice était bien mal faite, c'est sûr. Lui qui couchant avec l'avocate du divorce, ce qui aide forcément, nous laissait avec quelques dizaine de milliers de francs et qui se récupérait une maison à plusieurs centaine de milliers contre la promesse, que d'ailleurs ma mère crue naïvement, que tout me reviendrait plus tard. Et ce marchandage qui était aller jusqu'a des meubles chers, comme le piano qu'il garda contre la promesse qu'il le garderait pour moi et qu'il vendit six mois plus tard... Ce pauvre homme donc, qui sûr de l'imposture dont il était victime allait jusqu'à téléphoné à la famille de ma mère pour les convaincre de son bon droit, ce qu'il réussi d'ailleurs en partie, car il reste toujours quelque chose à la calomnie, qu'on le veuille ou non...

En effet, quelle tristesse des derniers jours d'avant notre départ, ma mère et moi, quelle tristesse de voir un homme persuadé d'être un cocu, un mari trompé, cherchant, fouillant toutes les affaires, pour trouver un numéro de téléphone comme preuve de son délire, appelant un par un les numéros griffonnés rapidement dans l'agenda et tombant sur l'auto-école ou ma mère passait son permis , le répondeur d'un cinéma, ou ses propres collègues de travail quand dans sa précipitation à avoir raison, il ne reconnaissait même pas sa propre écriture ou il ne voyait pas que ce numéro n'était pas anonyme mais que le nom était écrit distinctement et en plus de sa main. Il fallait aussi le voir me prendre à témoin pour identifier l'écriture des morceaux de papier qu'il était aller chercher dans la poubelle et comment quand je lui affrimait reconnaître son écriture, il me regardait interloqué, surpris comme si il se demandait si c'était de ma part de la naïveté ou plus grave encore de la complicité pure avec ma mère.Dans tout çà, il était sûr d'une chose et d'une seule: Ma mère demandait le divorce parce qu'elle le trompait, tout ce qu'elle pouvait dire d'autre n'était que jérémiades et fausses excuses qui cachait cette évidence.

Alors nous étions parti, parti loin de lui et de ces certitudes, de ses petites histoires de quatre sous, avec sa malédiction, surtout moi, moi le collaborateur, elle, l'autre, la femme, c'était normal, mais moi, le fils, l'enfant, je ne pouvais pas, je n'avais pas le droit, je ne pouvais que le croire. Ma mère, elle, feignait, moi je n'avais aucun mobile facile pour le fuir. Elle, allait retrouver ses amants, moi je n'avais pas d'excuse machiavélique. J'étais une victime de la propagande de ma mère, il allait me persuader, me faire revenir dans la voie, la voie de la vérité. Il allait me montrer, me démontrer, m'expliquer... et pendant des heures avant le départ c'est ce qu'il fît. Tantôt avec douceur, tantôt en victime aux bords des larmes, tantôt menacant, vindicatif, sûr de son bon droit, de ces théories délirantes qu'il m'exposait, ma mère ne s'en rendait pas compte, elle était même à des lieux de savoir comment il analysait les choses, comment il prenait le divorce. Une victime, voilà ce qu'il était, une victime malheureuse. Il extorquait ma mère, lui hurlait après, calculait comment récupérer chacun des meubles, chaque sous en se sentant la victime, le jouet d'une conspiration. Il faisait le mal sûr qu'on lui en avait 10 fois plus, et encore me disait-il, il ne se limitait qu'à ce qui pouvait être vraiment prouvé. Par manque de chances, ses uniques preuves furent ces numéros griffonés sur des bouts de papier dans le calepin du téléphone, ces numéros d'Auto-Ecole et de collègues de travail, écrits de sa propre main. Il fallait pourtant le voir rayonner, il fallait le voir triomphé, il fallait aussi le voir s'iiriter devant mes regards incrédules. c'était du grand art, un véritable numéro, personne ne jouait la comédie aussi bien que lui, à vrai dire aux vues du drame qui se jouait devant mes yeux, l'acteur avait fusionné avec son personnage, il était impossible de discuter et de raisonner sur quoi que ce soit.Il s'était persuadé de ce qu'il avançait.


Alors on est rentré tous les trois de nouveau dans un bureau de psy, ils voulaient savoir ce que j'avais, que le grand gourou de la médecine explique les tenants et les aboutissants, leur trace un tableau bien lisse, bien simple... Introduction, développement, conclusion... avec un happy end amerloque... c'était çà le but de mes parents.. "Alors, Docteur, est-ce que c'est grave?"... Mon père voulait savoir si celà allait lui couter quelque chose, s'il n'était pas possible de me mettre en maladie grave pour être remboursé à 100%.. où si mieux encore, comme il me fera quelques années plus tard, s'il n'était pas possible de me décréter irresponsable et associal pour qu'au yeux de la loi, il puisse enfin récupérer ses sous... Oh bien sûr, il ne disait pas celà directement mais une simple analyse de ses questions suffisait à comprendre, chose que ma mère ne voulait pas faire, s'acharnant à repousser au maximum la prise de conscience de celà, pour quand celà sera vraiment tout foutu, elle puisse jouer, complètement, totalement à la victime, celle qu'on a plumé, martyriser jusqu'au trogon, jusqu'à la moëlle. Avez-vous déjà vu un malade mental, expliqué à sa mère, ce que voulait son père parce qu'elle ne voyait rien, elle ne voulait rien voir, même si ce père allait de nouveau disparaître pour de nouvelles années en bénissant cet internement tout simplement parce que le psychiatre lui avait assurer que la Sécurité Sociale prenait en charge à 100% mon séjour. Avez-vous déjà vu, ce malade demandé à partir devant le caractère sectaire de l'endroit et d'entendre un "Tu es sûr?" hypocritement surpris de la part de son père et un autre "Tu es sûr" de sa mère qui ne comprennais pas "puisque le monsieur a bien dit qu'on allait bien s'occuper de toi". Comment fais-t-on quand on est coincé entre une personne qui ne veux pas réfléchir et prendre des décisions et une autre qui réfléchit trop bien à ce qu'il peut tirer comme profit financier de la situation ? On explose. Tout bêtement. Oh bien sûr, pas comme celà, pas d'un coup, pas par devant.


Je suis parti. Le soir, je suis parti. A l'heure où la nuit enveloppait la grande cour, j'ai escaladé le mur. Je suis parti.