La Dépression Nerveuse 2

Un article de Voyage au bout de l'ennui.

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III


Dans ce service, c'était royal... des infirmières pour toi tout seul... le calme... plus de BIP.. BIP partout ..ma mère est venue... elle était déjà venue quand j'étais dans le brouillard mais je ne m'en rappelais pas... son patron l'avait libérer après ses heures réglementaires... elle était un peu perdue... elle comprenait rien... elle n'a pas osée me parler de son bureau... du coup on a parlé de rien... à part qu'elle m'amènerait des B.D... elle était triste... plus que moi qui avait fait péter les choses... le ressort était cassé, c'était elle du coup qui avait l'air de se demander ce qu'elle foutait là... elle me transmettait les pensées de la famille "qui pensait bien à moi "... c'est sûr… ce qu'on peut être vide et plat quand la routine est cassée, quand le manège s'arrête de tourner... comme mes copains avec le stylo, elle était... médusée... à pas savoir ce qui arrivait... elle gardait les apparences... mais çà travaillait en elle-même...

C'est quand on a l'impression d'avoir fait tout comme il faut.. tout comme on nous appris et dis de faire... et que çà marche pas... alors qu'on y croyait tellement... que çà fait le plus mal... qu'on veut pas se dire qu'on s'est trompé... on refait vingt mille fois le résumé de sa vie.. pour voir là où çà cloche... et on trouve rien... que des excuses... des trucs que tout le monde fait... et si tout le monde le fait c'est que c'est normal... alors... alors on recommence encore et encore pour voir où on s'est trompée... certains même ne s'examinent même pas et se trouve des excuses stupides... on appelle çà l'intolérance... ce truc de croire que tout ce que l'on nous a appris et répéter est parole d'évangile..

Au fond on ne fait que ce qu'on nous a appris... et rien d'autres... être libre de créer... c'est tellement dur... tellement rare... qu'on n'arrive pas à comprendre... et on cherche toujours sur les mêmes fausses pistes... encore et encore... c'est ce que ma mère faisait dans sa tête... je le voyais bien... elle se disait : " j'ai tout bien fait, j'ai bien élevé mon fils ; je lui est tout donné ce que je pouvais donné ; il n'a manqué de rien "... çà tournait ces trucs dans sa tête...


Quand il se passe quelque chose la première chose qu'on fait, c'est de se chercher des excuses... alors elle cherchait.... pour faire taire ce sentiment de culpabilité... et en même temps elle se disait qu'elle faisait un simple cauchemar... que demain elle allait se réveiller... et que je dormirais dans la chambre à côté... pour tous les deux aller tranquillement au boulot... comme tout les jours depuis le divorce...

Pas de pot, çà avait changer... tout était détruit... plus rien ne serait comme avant... c'était encore un choc de la vie... y'en qui passe la vie sans trop de problèmes... sans devoir changer leurs croyances... d'autres tout ce qu'ils croyaient savoir s'écroule... c'était le cas de ma mère... elle cherchait à voir où elle s'était trompé... où elle avait pas fait comme il faut... tout ce qu'on lui avait dit, répété, enfoncé dans le crâne, à coup de triques s'il le fallait, tout çà elle l'avait fait... refait.. insister... à s'acharner toujours et encore... sans rien remettre en cause, bête docile, soumise... et pourtant si attendrissante de fidélité et de dévouement... et d'empressement à exécuter les ordres..

C'est ces gens-là qui tiennent le système... à faire leur boulot de citoyen docile... à obéir, payer leur impôts, et suivre le code de la route... à mourir pour la patrie quand on leur demande... et mourir en silence, sans bruit... le sentiment du devoir accompli... dans l'anonymat des gens biens... ils veulent juste avoir une place.. oh ! pas grand chose.. de quoi manger, un toit et quelques plaisirs le samedi soir... c'est tout... la célébrité, les millions de dollars, les honneurs et les médailles, ils s'en foutent... juste un petit chez soi entouré des leurs... et le temps qui passe... ils sont même prêts à laisser leur place aux jeunes... ils sont même prêts à partager... des années de capitalisme et toujours ce vieux sentiment de partage qui les anime. Les puissants de ce monde l'ont bien compris.. à les presser comme des citrons... à leur pourrir la tête pour qu'ils crachent toujours plus leurs sous... tout ce qu'on peut leur vendre en leur promettant le petit bonheur d'une famille tranquille... du dentifrice au Président de la République... on leur vend tout comme çà.. toujours les mêmes promesses... toujours les mêmes images de paix, de sécurité et de petite vie tranquille... le jour où les gens ne croiront plus à çà, à cet idéal... qu'ils commenceront à voir le côté paillette de tout ce qu'on leur propose.. qu'ils diront : nous aussi on veut le luxe et la volupté... nous aussi nous serons corrompus... à nous aussi le droit de recourir aux mensonges... qu'ils diront tous ensemble aux puissants : " Rendez les sous "... " Plutôt mourir que de continuer comme çà "... ce jour là sera la fin de tout ce caca... ce jour que j'aurais aimé si proche...

Alors ma mère est restée un moment, pour faire son devoir de mère... admirable... et puis la nuit venant... elle est repartie dans le système... le lendemain elle devait aller pointer comme tout le monde... parce qu'on a pas trouvé autre chose... parce qu'il y a pas d'autres solutions... le tunnel... les menottes autour des poignets... et vive 1789 !!!


IV


Le lendemain, c'était la visite au psychiatre... dans une pièce prévue à cet effet.. un bureau au fond du couloir du service... j'ai frappez à la porte et il m'a dit : " entrez "... alors pouf ! je suis entré, je me suis assis bien en face de lui... j'avais pas le choix, il n'y avait qu'une chaise en sky marron…

c'était une jeune, bien froid, bien triste dans le regard, il y avait une jeune fille à côté de son bureau... elle avait un bloc-notes sur ses genoux... une étudiante en psycho à ce qu'on m'a dit après... Après s'être brièvement présenté, il m'a dit : " Pourquoi avez-vous fait ce geste ? "... puis il m'a regardé... sans rien dire... bien dans les yeux... il attendait une réponse... comme si çà allait sortir comme çà... comme si j'allais lui dire et bien primo parce que çà et secundo parce que si... le silence s'est installé… il ne lâchait pas mes yeux... l'étudiante à côté avait son stylo sur la feuille prête à noter mes propos... alors au bout d'un moment je leur ai dit quelque chose... pour casser ce silence de mort... parce que soit j'allais pleurer, soit j'allais lui casser la tête... j'ai dit : " - J'en avais assez"… Il m'a répondu sans attendre, habitué par la réponse:

"-Assez, oui mais de quoi ? "...

et il a de nouveau capter mes yeux... je ne le regardais plus... cet hypnotiseur de seconde zone... il n'avait pas le droit de fouiller dans mon regard… pas le droit de m'interroger comme çà… si j'avais su ce qui se passait, j'aurais sûrement pas été là en face de lui… j'aurais pas eu besoin de lui… j'avais besoin de compréhension… lui voulait résoudre le problème, simplement un problème…alors j'ai dit :

"- Qu'est ce que vous allez faire de moi ?

- Nous verrons par la suite... Pour l'instant, j'aimerais savoir ce que signifie votre geste...

- Et si je ne savais pas pourquoi..

- Vous devez sûrement avoir une raison...

- Et si elle m'est personnelle cette raison.. si je n'avais pas envie de vous le dire..

- Très bien. Vous n'avez rien à nous dire.

- Pas à proprement parler. Non !

- C'est comme vous voulez. Vous pouvez retourner dans votre chambre. Nous vous

rappellerons pour vous communiquez ce que l'on a décidé... "

Çà été une entrevue éclair... Déjà derrière la porte, un autre suicidaire attendait son tour… il devait sûrement pas avoir le temps de tous nous passer dans la matinée… Quand je me suis levé, il est resté assis avec la jeune fille... il m'a dit : " Fermez la porte en partant "... j'ai fermé sa porte et je suis parti seul dans les couloirs... à regagner ma chambre... avec pour seuls habits la blouse bleue des urgences attachée par le cou, mon slip, et le porte perfusion dont les roues crissaient... c'était çà un psy... une pierre très froide à toujours décider à ta place de ton avenir, et de la signification de ta vie et de tes gestes... une sorte de gourou officiel... agréé par la Sécu et le Ministère de la Santé... lui il savait... pas toi... il comprenait tes gestes... il avait fait des études pour çà...toi tu devais te confesser... ou pas... de toutes façon le silence, il aimait autant çà que les confidences, et à la fin c'est lui qui décidait toujours sans que tu saches vraiment pourquoi... que tu parles ou que tu te taises.. que tu collabores ou tu te rebelles... c'était toujours la même chose... c'était lui qui décidait de ton hospitalisation, des médicaments... et jamais un mot d'explication... jamais voilà pourquoi on vous donne çà, voilà pourquoi on vous fait çà... jamais il allait vous expliquer pourquoi vous souffriez... non !... t'étais un malade... t'étais bête... forcément, c'était trop long à t'expliquer... T'avais le droit de refuser, de rentrer chez toi et de crever en silence ou bien tu restais son jouet, à essayer ses potions magiques en perfusions pendant des semaines et à pas savoir pourquoi on te donnait çà… c'était çà ou rien… c'était soit l'hôpital et le psy, soit la maison et l'angoisse… à toi de 'choisir'….


J'étais seul dans ma chambre... tranquille... çà donnait sur une véranda qui faisait tout le long du bâtiment... toute les chambres donnaient dessus... il y avait des fauteuils dans cette allée vitrée... les malades psy venaient s'y installer toute la journée pour papoter... Aux heures des repas, on rassemblait les fauteuils en cercle et avec les tablettes que l'on sortait des chambres, on y mangeait tous ensemble... je suis aller les rejoindre comme çà, parce que j'avais du temps… et du temps à moi… pas à donner à l'école ou aux divertissements réglementaires… On parlait de rien, de notre vie, de nos problèmes… des trucs de pour faire passer les secondes… à oublier dehors… à oublier nos devoirs… j'avais jamais fait çà… 18 ans et j'avais jamais fait autre chose que ce que le système veut qu'on fasse…

On était quatre jeunes dans ce service... quatre à plein temps… les autres se barraient tout de suite après leur T.S chez eux… ils retournaient chez eux, honteux d'avoir rater, honteux d'avoir montrer une quelconque rébellion contre le monde parfait... Sur les quatre, trois mangeaient dans la grande véranda, et une restait dans sa chambre, dans sa petite coquille...

Y avait pas mal de jeunes qui passait dans ce service… une majorité même…il faut dire que quand on est jeune on a rien d'autres à faire que penser... et tous les jeunes ne font pas du sport... alors quand on pense et qu'on voit tous les problèmes devant... Miam, miam y'a bon les médicaments...

Et oui notre grande et belle société fait qu'un nombre de plus en plus impressionnant de jeunes se suicident... mais surtout n'incriminons personne... c'est normal vous dirons les psys... l'adolescence est une période de doute... un passage difficile vers le monde adulte... c'est marrant mais avant y'avait beaucoup moins de suicide de jeunes... peut-être que le passage était moins dur… peut-être qu'on savait comment devenir adulte… ou bien peut-être est-ce parce les psys n'allaient pas partout bavasser leur grande connaissance... personne ne se rendait compte combien c'était dur d'être adolescent... mais Freud, notre bienfaiteur, a tout changé... maintenant on se suicide sec et les statistiques n'arrêtent pas de s'affoler... vous inquiétez pas y'aura du boulot pour tout le monde... à ce rythme, c'est chaque jeune qui fera un stage en hôpital psy... avant de devenir un légume sur patte... un gros bœuf d'adulte qui cherche qu'à consommer dans tous les coins... tous les hôpitaux, on devrait les recycler en hôpital psy, c'est sûr, jamais de problème de lits vides... le salut de notre système de santé... tous psychiatres… et un distributeur de Coca-cola dans chaque pavillon psy… pour faire marcher le bizness… c'est sûr, c'est vachement porteur comme truc…

Y'avait Wilfrid, Samantha et Renée... on mangeait la bouffe sans cholestérol en regardant dehors... la pelouse et les arbres… La nature qui commençait après les grillages de l'hôpital… Y'avait un grand sapin et quand tu le regardais bien, tu y voyais des écureuils... alors on mangeait en essayant de suivre les écureuils du regard... on trouvait çà beau... les écureuils...

Samantha était très atteinte... sa maman était venue, elle lui avait dis : " Rentre à la maison ma chérie, on fera comme si rien ne s'était passée "...et Samantha allait rentrer toute heureuse du pardon qu'on lui donnait... Elle ne nous prenais déjà plus pour ses compagnons de galère, elle était parmi nous mais nous étions déjà son passé, une bande de fous à oublier... sa maman lui avait dis : " Rentre ma chérie "... elle, elle croyais que c'était sincère le " ma chérie "... alors elle rentrait...

Dire que rien ne s'est passé, c'est vouloir encore plus se suicider... c'est pas profiter de la liberté qui vient de te tomber dessus… Tu as fait: Paf… faut aller jusqu'au bout, faut faire pêter tout çà jusqu'au bout… sinon çà sert à rien… même ton suicide sert à rien.. t'es vraiment rien…

Prace que y'en a toujours certains qui peuvent en profiter de ton suicide…... Pour samantha si elle l'avait réussi certains auraient pu jouer... à par exemple la pauvre mère malheureuse qui a perdu sa fille... et que tout le monde l'a plaint... la pauvre mère... elle qui est si courageuse derrière le corbillard de sa fille... mais oui, je délire, je te le dis... N'ai pas peur ! c'est de mon invention... juste un pressentiment... pas une vérité que je dis là... une mère, vouloir le suicide de sa fille... Quelle invention !... N'ai pas peur je te dis, je suis fou... c'est de la paranoïa...mais... mais quand elle est rentrée dans le service, la mère, elle a regardé autour avec dégoût... On voyait qu'elle se disait :" C'est quoi ce lieu de dingues, ma fille la dedans mais quelle pantalonnade grotesque "... puis elle a stoppé ses yeux horrifiés... ses yeux sévères de grand juge... elle s'est abaissée un peu... elle a arrêtée de se tenir bien droite, bien au dessus... et puis elle s'est approchée de sa fille... toute câline... avec des yeux de biches... et des mots suaves qui coulaient de sa bouche... la fille était hypnotisée par tant d'amour... tant d'affection persuasive... çà devait faire longtemps qu'elle attendait cette affection de la part de sa mère... ben là, elle y avait droit... 'la pauvre chéri'... elle a vite pris sa fille et l'a emmenée à l'écart pour parler.. quand la mère est partie... Samantha voulait partir aussi... rentrer chez elle... dans les bras de maman... ici, il faisait tellement froid... La maman avait gagné... Pas de vagues... Pas de scandales... Tout rentrait dans l'ordre... Rien ne s'était passé de grave... juste un petit accident... Samantha ne savait même plus pourquoi elle avait fais une T.S... c'était du passé... un mauvais rêve... elle, elle avait céder à sa mère... pas besoin d'aller à la recherche d'un gourou quand on en a un à la maison.... pas besoin de réfléchir quand certains viennent réfléchir à votre place !

J'y suis resté trois jours dans ce service à voir certains arriver et d'autres partir... un endroit de transit... comme un aérogare... après je suis moi aussi rentrer chez moi... en attendant une place dans une clinique psychiatrique que m'avais trouvé le psy du fond du couloir... fallait attendre quelques semaines... à la maison à rien faire... si ce n'est la bonne vieille télé... c'était çà ou rien...

Alors la vie a repris... de toute façon la vie est une ouvrière infatigable, même quand tu en veux plus elle continue son travail acharné... je me suis mis à vivre au ralenti... à me lever tard le matin... à me coucher à des horaires affolants... à pas pouvoir dormir... à pas savoir ce qui m'arrivait... la vie continuait... et les médicaments que le psy m'avait prescrits pour pas me laisser comme çà quand même… ouais ! ma mère faisait sa petite navette de citoyenne à partir le matin et à rentrer le soir... fatiguée... bouffée par la grande usine ou y'a pas de place pour tout le monde... moi je me lavais peu... de grands bains à lire dedans... et à la télé le monde qui marchait... impassible... avec les nouvelles désastreuses coincées entre deux jeux pour beaufs... la démocratie triomphante... du pain et des jeux... et le reste on s'en fout... on a pas le temps... on sait pas... on peut pas s'intéresser à tout... alors la misère dans le monde on sait pas... on a le droit de se détendre un peu quand même... on a déjà assez de nos problèmes... nous on paye nos impôts, y z'ont qu'à se débrouiller... on veut des jeux... et de l'argent qui coule... qui coule sur nos paumes tendues... qui ruisselle de partout... on en veut encore... on veut bouffer du dollar... une bonne indigestion... mais rien que pour nous pas pour le tiers monde... pas pour les sauvages... pour nous... des loisirs !... du foot !... donnez-nous du sport !... et pour le reste... pour tout le reste... faites comme vous vous voulez... çà fait des années qu'on nous dit que la planète va péter... on est toujours là... hein !... alors... de l'argent... et des loisirs... donnez-nous nos loisirs quotidiens... et çà continue sans arrêt... imperturbablement... tout va bien... je vous le dis : la vie continue...

Çà a continué... jusqu'au jour où la place s'est libérée à la clinique... alors il a fallut y aller... j'avais pas envie... le train-train monotone des jours m'avait fait oublié à moi aussi qu'il y avait autre chose à faire qu'à rester vautrer devant la télé… pas envie de retrouver l'hôpital... et les psys.... mais c'était çà ou rien... alors j'y suis allé... avec ma petite valise... avec mes B.D d'Achille Talon 'parce que y'a de quoi lire dans les bulles'... et Boum... on se présente à mon service... un joli bâtiment militaire... bien carré... des années 20 avec de grandes fenêtres... des hauts plafonds… bien rectangulaire… au moins trois semaines qu'on m'a dit... trois semaines à rester là dedans... dans ce truc gris... je me mettais à regretter les locaux modernes du service d'urgence... et les écureuils dans les arbres… dire que je trouvais çà intolérable... mais finalement les urgences c'était le paradis... on sonne à la porte vitrée... un infirmier arrive... en belle blouse blanche... il ouvre avec un tour de clefs, nous fait entrer et Pof ! referme aussi sec derrière nous...

il a bien fait... déjà un certains nombres d'êtres ratatinés tournaient autour de l'entrée... Ma mère lui dit : " Mais vous fermez ? ". Il répond : " Ah !, ma brave dame on est bien obligé "... les grands corps qui se baladaient dans le couloir devaient être des hommes mais leurs regards étaient particulièrement vides, bien vitreux... Ils avaient l'air de se balader seul... chacun dans son monde... l'infirmier nous a dirigé jusqu'à ma chambre avec mon lit... Ah, le lit! un truc très vieux où l'on voyait bien le trou au milieu fait par les milliers de corps cassés en deux là-dessus... suffisait de mettre mon sac dessus pour qu'il grince…je regardaient les malades... chacun dans son délire à passer dans le couloir... ils lançaient un regard pour voir... il y avait aussi d'autres malades dans la chambre... sur des chaises... ils devaient jouer à la belote pour passer le temps... imperturbable l'infirmier me montrait la petite armoire en ferraille à côté de mon lit... " Vous avez un cadenas ?"... Non, je n'avais pas de cadenas mais il en fallait un 'parce qu'avec tout ces vols'... les malades sur les chaises devaient me sourire.... en tous cas il ne jouaient plus aux cartes.. il regardaient silencieux... y'en a un que l'infirmier chargea de me montrer le reste... parce qu'il n'avait pas le temps... Je voulais pas rester... c'était pas possible... y'avait d'autres créatures qui s'étaient mises dans l'encadrement de la porte... pour voir le nouveau... peut-être qu'ils n'avaient vu personne de l'extérieur depuis un moment... ma mère était abattue... elle regardait autour avec surprise... comme moi... le docteur avait dit que j'allais être bien ici... même avec toute la bonne volonté que ma mère tentait de manifester... même avec tout le respect et l'estime qu'on lui avait appris à avoir envers "les docteurs", elle sentait bien que y'avait un truc qui clochait... que ce soit les couloirs sombres... les créatures de l'espace... les barreaux à toutes les fenêtres... et le malade qui s'était mis à nous parler... pour vanter la maison... trop content de trouver quelque chose à faire... et qui parlait ... parlait qu'on lui réponde ou pas... qu'on lui tourne le dos ou pas... il parlait... des petites habitudes... du repas à 18 h30 précise... et de l'extinction des feux à 19h30... un vrai règlement intérieur ambulant, ce type...j'ai dit à ma mère : " on se barre ! "... elle n'a fait aucune difficulté... aucun reproche... on est parti... on est aller chercher l'infirmier dans son bureau... il travaillait à lire le journal... on lui a dit d'ouvrir la porte... cette porte verrouillée et on est sorti... à l'air libre... loin des barreaux du pavillon... loin des hauts murs de l'hôpital... on s'est pas retournée... on avait peur de croiser le regard d'un malade à la fenêtre derrière les grillages... on a pris la voiture en silence... on s'est rien dit... y'avait rien à dire... j'étais entrer dans un monde loin de la société... où la société foutait jamais son nez de peur de se salir... de peur de voir une image d'elle même pas très propre… c'était pas la pub et les top-models ici… j 'allais en voir de la crasse... de la saleté.... les poubelles du nouveau monde... et au dessus de cette communauté à part y'avais les psys et les infirmiers... à garder le bétail... bien loin des yeux des braves gens... on gardait les rues propres... pour pas leur faire peur aux braves gens .. pour qu'ils aillent faire leurs courses tranquilles... sans mauvaises rencontres... qu'ils aillent profiter des promotions exceptionnelles... et là-bas les barreaux aux fenêtres... derrière les hauts murs, une autre société... une société où l'on crevait en silence... sans déranger ceux du dehors...