L'hôpital Psychiatrique 2

Un article de Voyage au bout de l'ennui.

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IV



Le soir, on se retrouvait Robert, Stéphane et André sur le palier de notre étage? On s'asseyait sur les chaises en fils plastiques, fils tout distendus avec le temps, et qui avaient une sale tendance à s'écarter sous le poids de nos corps, du coup on s'asseyait toujours en douceur, en prenant bien appui sur les deux accoudoirs, juste pour éviter de te retrouver par terre.

Nous avions mis un porte-cendrier au milieu de nous et nous nous restions comme çà, pendant des heures? notre petit clan juste allumé par les lumières de la porte des WC en face et par la veilleuse de la sortie de secours? c'était plus discret, on n'étais pas ennuyé par le veilleur de nuit?

Nous fumions tranquilles dans le silence...

Certains moments nous parlions et rigolions des petites histoires de la journée? des crises des fous ou des alcoolos amenés par les flics et qui avaient mis la salle de jeux sans dessus, dessous? C'était par vague, çà durait cinq minutes et puis le silence revenait et la fumée qui brouillait tout comme en Orient, comme dans les fumeries d'opium.

André était un jeune timide, gentil, qui fumait ses gitanes sans filtre? On ne savait pas où il se trouvait la journée? pas dans sa chambre en tout cas? il devait se tirer aussi par le grillage mais tout seul? Le café des Sports ne l'intéressait pas? il faisait sa petite vie? Il pointait comme à l'usine, pour les heures des repas, pour la prise des médocs? le reste du temps, c'était son problème, pas le nôtre?Nous le rencontrions donc aux heures des repas? et le soir avec nous pour la veillée? il ne parlait pas beaucoup? et souvent au bout d'un long moment? mais il était là? à écouter les conversations et à rire avec nous? Un soir ou presque tout le monde s'était couché? Il nous avait parlé à Robert et puis à moi? du pourquoi, il était là : Il naviguait dans les hôpitaux depuis deux ans? il était commercial avant? mais depuis deux ans, il savait qu'il avait le sida? alors il faisait de l'hôpital psy? il avait pas pu supporter çà? cette épée de Damoclès au-dessus de la tête? il sortait d'ici uniquement pour aller se faire traiter pour sa maladie dans un hôpital 'normal'? depuis deux ans il vivotait en attendant la mort? à grand coup de neuroleptiques? il faisait sa vie? ici? sans but, sans conscience...

André était frêle, la maladie commençant à le travailler doucement, prenant son temps de pourrir l'intérieur, prenant le temps de marquer son territoire? La maladie, André ne nous en avait jamais parler, mais maintenant, en regardant bien, en croisant son regard furtif, dans un éclair, on la voyait, tout au fond, dans ce coin noir, lugubre en plein milieu de ses pupilles? derrière la petite étincelle? c'étaient ses silences qui en parlaient, qui auraient dû nous en parler, si on avait mieux écouter, si on avait pas été préoccupé par nos problèmes à nous? c'était sa manière d'allumer gitane sans filtre sur gitane sans filtre, sa manière d'aspirer la fumée le plus possible? comme si chaque bouffée n'avait jamais eu autant d'importance? c'était l'urgence de certains gestes vite rattrapés, vite contrôlés, pour faire réapparaître le calme? C'était le mouvement de ses jambes à lui aussi? De petits sautillements, un malaise intérieur, enfoui, secret? Lui vivait dans l'urgence, trop pressé, lui savait pourquoi il était là, mais il ne vivait pas mieux que nous son histoire..

Ca faisait des mois qu'à chacun de mes passages, je le retrouvais comme pensionnaire permanent, avec Robert, et à chaque fois on reprenait nos petits forums du soir, sur le palier, sur les quatre chaises, comme si je n'étais jamais parti, comme si je n'avais pas fait de tour dehors? C'était le petit rituel du désespoir, des insomniaques du premier étage; au deuxième se retrouvaient tous ceux qui étaient en manque, à attendre leur tour devant la chambre de la nympho? Nous on restait dans la pénombre, à s'éclairer le visage avec le bout incandescent des clopes, à discuter par vagues, vagues de désespoir ou de joie, mais jamais à brouiller le silence tout le temps? Nous ne faisions plus du vent pour tenir une conversation, pour pas paraître impoli? Des fois, de longs moments se passaient comme çà, à ne rien dire, à n'entr'apercevoir les autres qu'à travers les ombres chinoises et la fumée qui brouillait les contours? Des cris de cauchemars de fou transperçaient alors le calme, le débile léger de la chambre 31, ou bien c'était le bruit du lit de la nympho qui couinait et ces petits râles qui s'échappaient, réguliers, comme pour inciter la bête à bouger plus vite, en rythme.. les gars se vidaient, un à un, plusieurs dans la soirée, un grand bouillon de culture entre les jambes de la fille?Au dernier élan, toujours le même, le lit lâchait un bruit strident, le plus fort... puis plus rien, à part quelques légers soupirs, à part quelques couinements désordonnés pour se reboutonner ou se mettre dans une position moins crispées? La nympho, c'était notre Radio-Londres à nous... Un peu de gaieté, de grivoiserie sous Rohypnol... Cette petite voix qui nous parlait encore de la vie...

Nous laissions échapper quelques petits rires? C'était un rapide celui-là? Sûrement le gros b?uf de la 33...au bruit puissant du lit? Puis nous retombions aussitôt dans la méditation? dans le silence résigné, à plus faire semblant de paraître, à plus avoir besoin de se justifier de n'être que vide? La nympho nous mélancolisait aussi, avec cette énergie qui débordait, malgré la dope en fiole, malgré les cachets, les piquouses, les narcoses et autres réjouissances... La nympho était plus forte que tous çà, tous allaient y faire un tour, malgré la défonce, censée nous calmer, censée maîtriser nos esprits...

Nous nous racontions aussi les histoires du coin? Pourquoi la petite infirmière blonde était triste aujourd'hui, qui était ce nouveau qui était à la table du fond vers la cuisine? Ou alors nous mettions sur pied de petits coups contre le veilleur qui n'avait pas oublier d'être bête? comme la fois ou avant de se coucher nous avions tendu un fil entre deux chaises pour qu'il s'écrase la figure pour sa ronde de quatre heure du matin? cette merveilleuse ronde où il braquait sa torche sur chacun des visages dans chaque chambre qu'il visitait, au cas où on se soit barré, malgré la fermeture à clefs de toutes les portes de sortie, malgré les barreaux aux fenêtres... 3 rondes par nuit, 3 réveil en sursaut à pas se rendormir après...

Les nuits en H.P étaient aussi nulles que les jours...



V



Pis y'avait Alfred, copain Alfred, calme, patient, bien habillé, la quarantaine, une situation dans le conseil juridique, 4 mômes, une femme cultivée, belle, une bonne place dans les assurances, 50.000 francs par mois à eux deux... Des gosses qui réussissaient dans leurs études, une maison de campagne mais... mais voilà, le vide l'avait rattrapé, bouffé comme nous... Il se le cachait à grand coups de bouteilles de bourbons entières... Il foutait le foin chez lui, à tout casser, petit à petit, crises après crises, crises dans lesquelles il battait sa femme ou il la violait au choix, suivant son inspiration...

Pourtant, l'histoire d'Alfred ne collait pas avec son apparence habituelle...

Pour passer le temps dans le service, il s'était mis en devoir d'étudier toutes les personnalités qu'il rencontrait à l'hôpital, les faire parler de leur histoire, du plus débile au plus intelligemment perturbé, à essayer de comprendre ce qui les avaient amener là...Je le rencontrais dans les couloirs à discuter avec un tel puis avec un autre... Curieux, respectant chacun... A table, il nous racontait ses trouvailles, nous expliquait le cheminement des types qui étaient là...Je me demandais ce qu'il foutait là jusqu'au jour où je suis allé chez lui, longtemps après l'hôpital,parce qu'il ne voulait ne parler qu'à moi, parce que sa femme m'avait téléphoné en catastrophe, affolée...

Arrivé chez lui, j'étais en face d'un fou, tout décoiffé, bourré,qui voulait se jeter par la fenêtre, mais qui avait oublié qu'il n'y avait qu'un étage, déboutonné, débraillé, ayant vomi sur son pull, Alfred voulait se tuer, puis tuer sa femme, puis me faire l'amour... Impossible de l'arrêter, pas assez bourré pour se coucher par terre, par assez lucide pour se contrôler, il a fait valdinguer plusieurs meubles, lancé une bouteille dans un miroir... La routine me disait sa femme, avec la peur dans les yeux, quand on a put le couché, après tant de palabres, tant de confessions d'alcoolique, tant de discussions décousues...

Pourtant pendant tous son séjour parmi nous, Alfred avait toujours été impeccable, rasé, sentant l'after-shave, petit pull Lacoste, poli, aimable... Alfred, c'était Dr Jekill et Mr Hide... Le bon garçon qui le soir se transformait en salaud parfait... Tous le séjour, nous avions pourtant parlé littérature, Bible, philosophie... Il m'avait fait découvrir "Le Prophète" de Ghil Bran, je lui avait parlé du livre de Job sur les restes de ce qu'il me restait des Témoins de Jéhovah... Nous avions aussi parlé de Platon, Marc-Aurèle, nous en lisions des passages le soir et nous essayions d'analyser ce que ces auteurs pouvaient bien vouloir dire...

Alfred s'était découvert homosexuel m'avait-il dit un soir, en me mettant la main sur les cuisses.. Lui qui avaient été élevé catholiquement parlant, l'homme bien propre, avait des pulsions qui le dégoûtaient... mais qu'il aurait bien aimé libérées avec moi...Je n'aimais malheureusement pas les hommes, dans tous les sens du termes d'ailleurs... Ca attristait Alfred, comme Sarah m'avait attristé, il y avait déjà deux ans...

J'étais pourtant allé chez lui avant cette fois... Il m'avait invité, présenté à ces gosses guère plus jeunes que moi, m'avait accueilli avec toutes la délicatesse et les manières de ces gens riches... Alors qu'Alfred détonnait à l'hôpital psy, chez lui, c'était ma mère et moi qui passions pour des bohémiens, mais Alfred voulait inviter tous les pauvres bougres qu'il avait rencontré là-bas comme pour indisposer sa famille, pour les obliger à côtoyer la face obscure du monde, eux les gens riches, dans leur appartement près du Parc de la Tête d'Or, dans leur vie feutrée... Sa femme se soumettait docilement, pendant que lui souriait narquoisement à la décomposition de son visage, à la souffrance qu'il lui infligeait, ouvrant ses plus belles bouteilles pour un gars qui ne sifflait que des Pelforths...



VI


Il y avait dans une petite chambre dont on avait badigeonnée la porte vitrée, un lit? Sur ce lit crevait un grand-père en tuyauté? C'était l'occupation des infirmiers qui le transperçait un peu chaque jour, qui changeaient les tubes, vérifiaient les piles du Bip? je passais devant à regarder au-dessus de leur barbouillage cache-misère? à regarder le légume?les yeux fermés? les tuyaux dans les narines? à me demander ce qu'il foutait dans un H.P? à regarder aussi les petites blouses blanches rentrées et vite refermées derrière-elles comme si elles avaient peur qu'on leur vole leur secret. En cherchant un jour à discuter avec un infirmier? certains jours de misère, c'était toujours mieux que rien? je sus que c'était un malade psy de longue date qui mourrait ainsi dans les murs qui l'avaient hébergé toute sa vie? Je cru comprendre que nous finirions tous aussi ici, à ne pas avoir le droit de mourir comme tous les vieux dans un vrai service d'urgence avec tout le trémolo et le paravent en plastique? même le débilisme du service d'urgence nous étaient refusés?nous devions mourir dans ces vieux bâtiments délabrés? à l'abri des regards des autres jusqu'au bout? jusqu'à la dernière seconde? BIP?. BIP? mais BIP psychiatrique?Ces pauvres branques d'infirmier croyaient lui faire un cadeau, croyaient faire de l'humanitaire en le gardant là, en fait c'étaient surtout qu'ils s'ennuyaient ferme et que ce vieux papy étaient un sacré passe-temps pour eux et un bon prétexte pour afficher un taux d'occupation du service qui permettait de maintenir les budgets...

Quand il est mort, quand la mort avait enfin laissé tombé les petits rwandais pour faire un tour, de mauvaise grâce, au Puisatier? J'ai débarrassé sa chambre avec Sophie, la petite infirmière blonde? On a enlevé les gros matelas de mousse, sorti le lit dans le couloir? mis tous çà dans de grandes housses en plastique qui partaient à la désinfection? Sophie a regardé partir un peu de son histoire? de l'histoire du Pavillon Framboise? elle l'avait toujours vu là, ce vieux? toujours? maintenant c'était fini les perfs à ne plus en finir, les parties de nettoyage du légume pendant des heures à enlever la merde qui dégoulinait dans les allaises? çà l'attristait? normal, elle allait s'ennuyer, elle allait devoir forcer sur les conseils aux jeunes suicidaires pour se sentir aussi utile? elle rangeait son occupation favorite? celle pour qui on la voyait disparaître des heures durant? Sophie allait devoir travaillé maintenant, plus sauvé le monde, plus épongé la pisse sur les plaques de lino moches? elle se sentait vide. Moi je regardais les trois, quatre affaires qu'il restait du vieux fou: quelques photos noir et blanc, avec des sourires forcées, des gens qu'étaient morts, ou qui l'avaient oublié parce que sans fric? un petit carnet où il n'écrivait plus depuis longtemps, et qui gardait quelques résultats de parties de belotes ou quelque chose comme çà? et deux ou trois affaires de toilettes? C'était tout, toute son histoire au Puisatier, au vieux fou? Il avait rien, il était personne, personne pour personne, à part un jouet pour les infirmiers psys.. c'est tout? Il avait pas d'histoire? Ces années au Puisatier, c'était pas une histoire, c'était rien? Rien qu'un vieux carnet rempli de résultats de jeux de société débiles, et quelques traces de café, du café du schizo? Au Puisatier, c'était pas la vie, c'était rien, que du "sport" pour des sauveurs en manque d'autosatisfaction.. Et le vieux fou était parti à la morgue, ces effets à la désinfection, une chambre de plus pour la jeunesse suicidaire?


VII

Un de ces matins de février, un de ces matins de givre, où nous avions troqués les pyjamas pour les joggings, où nous étions parti au gymnase traîné le schizo en dehors de son univers feutré du pavillon Framboise, que nous l'entendions gémir, tenu et encadré entre Francis et moi, lui parlant tout le temps, le rassurant; un de ces matins insipides de fadeur, d'humidité palpable, alors que pendant toutes la séance il s'était recroquevillé en boule au milieu du gymnase, avait hurler contre la terre entière, contre tous les émetteurs des russes et des américains réunis , s'était aggripé à nous comme l'ultime bouée, et, histoire de finir de bien l'achever, histoire de se venger, pour ne pas retrouver tout de suite notre bocal, on était parti par les champs de l'hôpital psy, avant l'heure de la bouffe réglementaire, des pilules du bonheur et des regards thérapeutiques des infirmiers-gardiens des clefs, on s'en allait visiter le grand Disneyland. Le givre s'accrochait encore aux herbes, des bandes de brouillard formaient par endroit un tapis blanc qui se détalait dès qu'on s'approchait, dans ce petit jour d'hiver, dans un coin paumé de cet hôpital, un petit pavillon tout moderne nous avaient attirés, et nous, encore naïfs, ne comprenant pas pourquoi ce pavillon était aussi éloigné des autres, nous nous étions approchés, pour voir, voir ce qu'il y avait derrière les vitres.

Ah, on avait pas été déçu. Le schizo pouvait hurler tout ce qu'il voulait, qu'il voulait rentrer, qu'il en pouvait plus, on restait collé au grillage, on bougeait plus. Ah ouais, un pavillon tout neuf, c'était louche, quoi, un pavillon bien moderne, pour des malades psychiques, c'était trop bizarre.

C'était une cour, grande la cour, hein, pas de cette petite cour en gravier que les infirmiers appelait jardin, une cour avec des jeux de plein-air comme on dit, des tobogans, des bacs à sables, des petites maisons en plastique, tout comme une cour de crèche, et puis çà et là traînait encore des jeux de mômes, des pelles, des tracteurs, des petits tricycles, ah oui, on comprenait, on comprenait trop bien, un pavillon de môme, un pavillon d'enfant fou à la Valérie Valère. Ca devait être çà. Mais avec la buée, on voyait pas trop à l'intérieur, c'était pas clair, çà bougeait dedans.

Et puis on a vu... un p'tit gnome qui s'est collé à la fenêtre parce qu'il nous avait vu... qui a bien bavousé sur la vitre en signe de bonjour... et puis derrière lui, des mouvements, des ombres... des va et vient... un grouillement de fantômes... enfin, par on ne sait quel miracle... la vision globale de cette basse-cour...de ces petits gamins de cinq ans à la tronche d'Alien... l'un avec de grosses bosses aux fronts... l'autre cherchant à en avoir autant que celui-ci en se tapant, tapant, tapant la tête contre le mur, se berçant, les yeux ailleurs, assis, en avant, en arrière, ses cheveux rebondissant, s'envolant à chaque fois qu'il rencontrait le mur... et par terre le même fatras, les mêmes jouets, à moitié détruits, déchirés, les poupées sans tête tenues par des gamines qui elles, auraient mieux fait de ne pas en avoir... et des pots plein de pisse, plein de cacas, traînant, pas ramassé, et des gamins jouant avec çà, joyeux, naïfs, ne se rendant pas compte de l'horreur qu'ils nous montraient, heureux d'être des monstres comme les quatres autres milliards d'individus, un bon gros sourire aux lèvres ou alors, perdus, perdus très loin dans leurs rêves, leurs délires, dans les souffrances de la maladie psychique... Et ce virevoltement, cette électricité de leurs petits corps, comme les mômes, les vrais, dans une cour de récré, qui courent dans tous les sens.

Alors on est parti, on a tiré le schizo, qui avait dû continuer à parler, on s'est pas retourné derrière, on a tracé, on est rentré. j'étais content de prendre mes neuroleptiques, content d'être défoncé, content de bavouser et de trembler pour oublier ces mômes, et je fumais clopes sur clopes en espérant que le brouillard de la fumée éffacerait cette vision d'horeur de ma mémoire, tous ces cons qui se shootaient à Star-Wars, ben là, gratis que j'avais des souvenirs, gratis les frissons, gratis l'envie de gerber...



VIII

La vie passait donc au pavillon Framboise, l'habitude nous avait installé dans notre nouvelle vie, cette mauvaise habitude qui vous uniformise la vie, qui fait aussi de vous un légume, un gros b?uf qu'on engraisse? Çà faisait deux ans d'angoisse, deux ans de hors-norme et rien au bout? que ce train-train, médocs et attente, et tout çà pour me refaire devenir un bon esclave, un bon travailleur, pour me faire aller voter? Avec Stéphane, on cherchait plus? Il fallait vivre pour vivre, sinon c'était considéré comme de la folie? L'Idéal, çà y en être mauvais? L?idéal non balisé par les autorités compétentes en la matière, bien sûr? Toi travailler, produire, crever et te la fermer...

Et puis un Jour, comme çà, au bout d?une durée indéterminée de semaines, le psy du petit bureau,le bureau à gauche en entrant, m'a fait sortir, histoire que je prenne l'air, histoire de casser mes habitudes, de me trouver une autre chambre la prochaine fois? J'ai laissé Stéphane, Robert et André continué les meetings du soir? Il fallait que je rentre que je rassure ma mère, qui espérait, on sait jamais, que ce soit la dernière fois, le dernier manège mais qui, depuis deux ans, regardait de plus en plus tout çà avec des yeux désabusés, la réalité lui faisant si mal, malgré les séries à l'eau de rose, le mondial de foot, le tiercé et le loto, les clopes, l'alcool, les boites du samedi soir et pourquoi pas un petit joint de temps en temps?