L'hôpital Psychiatrique

Un article de Voyage au bout de l'ennui.

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Hôpital psychiatrique du Vinatier - Lyon Bron
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Hôpital psychiatrique du Vinatier - Lyon Bron

I

C'était un matin où je traînais dans les couloirs sombres de l'hôpital. L'odeur de tabac froid rôdait dans l'air comme un effluve sans origine, comme un fantôme endormi, prêt à se réveiller. Je cherchais quelque chose de nouveau dans le décor, pour casser l'ennui, casser l'uniformité bien réglée, changé un peu des couloirs aux peintures ternes et craquelées, sortir de mes déambulations ritualistes à travers les étages. Je l'ai aperçu, dans le hall du bas, perdu sur son fauteuil, les yeux vagues, à attendre, à attendre je ne sais trop quoi, les pieds tapotant nerveusement sur le sol, le genou droit rythmant un air de techno rapide que nous ne pouvions entendre. Il semblait perdu dans ses pensées, à visiter une contrée lointaine, dont il ne sortait que pour tirer de temps en temps de légères bouffées sur sa cigarette?

J'ai dit : " - Salut ! "


Il a du me répondre puisqu'on s'est mis à parler un peu, comme çà, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire, parce que c'était toujours mieux que l'attente. Il m'a proposé une Camel. Je l'ai prise. Cela me changeait des Gitanes sans filtre du sidaïque.

Il m'a dit qu'il était drogué depuis les années 70, il tournait au néocodion dans les périodes maigres et aux acides dans les périodes fastes. Il venait pour une énième cure de désintoxication, pour essayer encore, sans plus trop y croire... Moi, je lui ai dit que je faisais des stages ici, tous les 3 mois, à chaque tentative de suicide ratée, à chaque crise, sortant au bout de quelques mois quand les psy en avaient marre de me voir traîner dans leur noble établissement... quand il en avait marre de voir l'échec de leurs médications...

Rien que de plus banal pour l'endroit...

Le temps s'est écoulé un peu pendant que nous discutions... un temps lourd, incertains, que nous essayions de tuer comme on le peut, à coup de discussions vides sur la météo et autres cache-silences, à raconter nos petites histoires de quatre sous, notre petite vie qui n'intéressait personne à part nous, et qui de temps à autre attiraient quand même l'attention des psys, le vendredi matin de 9 à 12 heures seulement, le temps d'une visite de routine, et encore pas toutes les semaines, les 'pauvres' étant souvent débordés...

Ces conversations réglementaires nous ont donc difficilement porté au repas de midi... Ce repas qui casse le défilement des secondes... pour quelques minutes de répits seulement... ces quelques minutes de rituels qui font taire les angoisses, où le corps réclame sa subsistance, comme pour les autres du dehors, ceux qui habitent derrière les murs, derrière les barreaux...

C'était l'heure où les loups silencieux descendaient des chambres, vagues fantômes en pyjamas bleus, se faufilant presque sans mots, longeant les murs dans un froissement discret d'étoffe, leurs pantoufles effleurant le parquet plastique... ils s'installaient aux tables, les chaises crissaient mollement, la becquée allait venir... Ils arrivaient pile à l'heure, ils n'auraient pas à attendre...

La vie s'accélérait un peu, se structurait juste ce qu'il faut pour nous rappeler que dans une autre vie nous avions été des hommes, pour nous rappeler un certains 'bon vieux temps', l'époque ou nous étions des citoyens de dehors, d'au-delà du service de psychiatrie...

A table, il s'était mis à côté de moi, il y avait une place de libre : un alcoolo s'étant barré le jour d'avant pour la solitude de son appartement. Le bougre nous avait quitter... nous, cette grande communauté... il était parti dans le monde... Peut-être qu'un certains M. Ricard avait besoin de lui pour écouler ses surplus, la cure n'ayant pas l'air d'avoir réussi, comme les autres fois d'ailleurs ...Mais les psy aimant à se donner l'illusion de guérir les patients, l'avait foutu dehors... Allez à la prochaine !

Le nouveau et moi avons discuté un peu de ses expériences, de sa galère dès le collège, à sniffer la colle et puis l'éther, et n'oublions pas l'eau écarlate. Je lui ai parlé de ma dernière T.S au Laroxyl-Whisky? Black and White, le whisky, avec les deux chiens à mémère sur la bouteille. Les infirmiers-psy nous ont alors servi nos médicaments dans les fioles de potions magiques? avant la bouffe, toujours avant la bouffe? 20 gouttes de neuroleptiques-truc et 20 gouttes de choses et pis les correcteurs pour pas faire trembler? L'infirmière a bien attendu que nous avalions tout. Elle ne nous lâchait pas des yeux : Il fallait que le liquide descende jusque dans notre estomac; il fallait qu'elle entende notre gosier déglutir. "Avec les fous, il faut faire attention" devait-elle se dire "dès fois qu'ils se rebelleraient? dès fois qu'ils se mettraient à réfléchir?"

Il s'appelait Stéphane. Il avait 30 ans même s'il en faisait 40, moi j'en avais 20.

Je lui est présenté les règles du lieu :

" - Le seul journal appartient au Trisomique 21, il faut lui demander l'après-midi et cela quand il a fini de le gribouiller entièrement et même à ce moment tu lui demandes très, très gentiment sinon il casse tout.

- Lui là-bas c'est qui ?

- Le mec à la parqua ?

- Oui.

- Une caricature, un gars qui dit avoir de la famille royale, j'croyais que çà n'existait que dans les blagues ce genre de type. S'il t'aborde fais gaffe, il va pas te lâcher. Il va te raconter toute sa lignée?M'enfin il est pas bête, tu peux avoir parfois des conversations avec lui? Çà dépend des jours? Çà dépend de ses recherches généalogiques?

- Et lui ?

- Un médecin qu'avait une copine...

- Et alors ?

- Elle l'a quittée. Il dit qu'en partant elle lui a jeté un sort, il dit qu'il ne peut pas sortir de l'hôpital avant deux ans, il a trop peur. Autrement, tu peux discuter avec lui aussi. D'ailleurs le soir on se met dans le couloir du haut, avec lui et Robert, le gars derrière sur ta gauche, on reste quand le veilleur est parti se coucher, on fume un peu? dès fois on a à boire quand Robert a pu sortir par derrière dans la journée, on reste là haut jusqu'à très tard... si tu veux, tu peux venir ce soir.

- Et Robert ?

- Robert... Robert, faut pas lui demander pourquoi il est là, c'est pas la peine t'arrivera pas à savoir? Certains disent qu'il a fait de la tôle, les infirmiers veulent pas répondre. De toute façon, il est sympa, il te lâche pas quand t'as pas sommeil, ch'est pas s'il dort d'ailleurs : Il sait tout ce qu'il se passe ici quel que soit l'heure. Quand je me lève le soir pour pisser c'est pas rare que je le rencontre dans le couloir assis à fumer.. Le sommeil a pas l'air de l'aimer trop? Autrement il a pas l'air dangereux.

- Et la fille ?

- Ouais, c'est uniquement un pavillon de gars, ici, mais dès qu'on l'a met dans le pavillon réservé aux filles, en face, elle tape ces petites camarades. Ici elle est calme, enfin à peu près, l'approche pas vers 18 heures quand les neuroleptiques de midi font plus effet, elle pique des crises, elle envoie les chaises partout?sinon? sinon le soir elle est accueillante... très accueillante. Dommage qu'elle soit moche et qu'elle pue de la gueule à cause des médocs? "

Il semblait habitué à l'atmosphère, il n'a pas regardé autour avec terreur, comme les nouveaux, comme moi deux ans auparavant, comme les pauvres gars qui viennent soigner leur dépression, qui rentrent au bout du rouleau, au bord de l'asphyxie, et qui se retrouvent chez les dingues alors que justement ils fuient le monde qu'ils trouvent complètement dingue.

On a passé la journée comme çà, à se raconter nos histoires, assis sur les fauteuils éventrés du petit salon jaune pisse, à fumer, à faire des boules de la mousse synthétique qui s'échappait de dessous le faux cuir plastique des fauteuils, et puis à fumer encore, encore et toujours, à regarder les heures passées et à se plaindre : lui la drogue, moi les neuroleptiques... C'était une journée banale, passée à L'hôpital Psychiatrique du Puisatier, pavillon Framboise, deuxième bloc à gauche, après les bureaux administratifs... c'était là qu'on s'est rencontré, tout les deux, à traîner la même galère, le même ennui.

C'était un professionnel, je m'en étais rendu compte dès le début? pas un de ces petits bleus, de la société de derrière les murs? pas un qui arrive avec ces vieux idéaux de démocratie et de liberté, pas un qui croyait encore aux droits de l'homme et autres mensonges qu'on dit dans les médias pour les endormir? c'est sûr? c'était pas un jeunot qui veux tout? qui se croit un monsieur justement parce que dehors on t'appelle "Monsieur " pour uniquement te piquer ton fric? Il en avait vu des trucs? t'sais, les trucs qui se passent dans la rue quand le soir les abrutis sont dedans, bien au chaud, devant leur poste de télé à se faire décérébrer pour consommer plus et plus vite...

Ils en avaient vu? les bastons en plein jour au beau milieu des gens, au beau milieu de ces esclaves bien propres, bien réglés, qui faisaient semblant de rien voir, histoire de pas trop réfléchir. La drogue qui circule dans les bars aussi facilement que la Pelforth pour les mecs qui ont soifs. Ouais, il avait pas l'air d'être de ceux qui se fabriquent un petit monde bien simple dans leurs têtes, de ces petits joueurs de loto et de P.M.U, ceux dont la vie se raccroche au championnat de D1 et qui ferment les yeux sur tout le reste, sur cette merde qui dégouline de partout, qui monte, monte, mais surtout dites que tout va bien, même si on se noie dedans, même si ça craque? Enfin quelqu'un qui ne croyait pas que le dimanche, le monde s'arrête de péter de partout pour laisser la place aux résultats sportifs?

J'avais bien vu çà, que çà allait être un peu nouveau, un peu plus drôle que la philosophie des infirmiers psys ("il faut faire du sport "), un peu plus amoral c'est sûr que cette gentille dictature "démocratique" et économique, 'le tout va bien' générale, le 'on est la meilleure civilisation qui ai jamais exister, on pourra jamais faire mieux', le XXème siècle triomphant de la science et du progrès qui essaye de cacher le XXème siècle de la bombe atomique et de la pauvreté, cette morale du consommateur qui doit s'en remplir jusqu'au gosier pour être un bon français. Et debout pendant la Marseillaise s'il vous plaît !

Voilà? j'avais enfin trouver quelqu'un d'un peu intéressant dans ce petit univers noir de l'hôpital psy où même les malades sont tristes de ne pas faire parti de la grande messe du 20 h 30, du prime-time télévisuel, l'heure du grand déversement de fureurs et de bruits, l'heure de la pub qu'on racontera au collègue demain tellement elle est drôle, l'heure enfin du film ou la jolie blonde tombe amoureuse du gentil héros à tronche américaine? J'avais trouvé un autre, un second de délire : Ca faisait deux ans que j'étais seul, deux ans que je me heurtais à des 'gens heureux' d'être bien dans 'un monde merveilleux'? où si alors il fallait vraiment changer quelque chose, alors en tout cas c'était sûrement pas eux? c'était toujours la faute des politiciens corrompus, ou bien: "toutes ces guerres c'était la faute des sous-développés de là-bas? Jamais, au grand jamais, chez nous çà arriverait ce genre de truc" ? Depuis deux ans, je frappais à toutes les portes, mais " merci ici on a besoin de rien tout va bien? peut-être à côté, oui le voisin? Lui il faut aller le voir, il va mal? " Du psy, en passant par la famille, et n'oublions pas les collègues de classe, tous allait bien? Il n'y avait que moi? et moi, TOUT SEUL qui allait mal? le monde n'avait jamais si bien tourner? Je crachais dans la soupe, c'est sûr, j'étais un fou, un fou doublé en plus d'un sectaire? Il fallait me soigner MOI? les autres, merci pour eux, pouvaient regarder la télé sérieusement, sans avoir envie de donner un grand coup de pied dedans? sans se lever énervés? eux étaient de bon citoyen, des vrais? moi je traînais, tous les trois mois dans les couloirs du Puisatier, à me demander combien de temps ce petit manège allait durer? et si j'allais enfin trouver un moyen radical pour arrêter cette comédie?


II


Les jours suivants sont passés comme les autres, dans la monotonie des heures d'attente, les secondes et les minutes faisaient bien sentir leur présence ; elles ne disparaissaient pas rapidement. Les petits rituels étaient grossis pour cacher le vide et le silence. Ici on mourrait doucement, sans se presser, le plus lentement possible...

On aurait aimer aller plus vite mais il fallait s'y résoudre? La mort fait ce qu'elle veut? Le c?ur ne s'arrête pas comme cela? La mort aime bien le Tiers-monde et les guerres, nous, elle nous ignorait, les bouseux des pays riches, les blasés de la société de consommation passaient après.

Mais bon, dans ce désert, on se promenait quand même à deux, c'était nouveau, et on pouvait parler... vraiment parler, tu vois, pas du çà me gratouille, çà me chatouille... et "Docteur, quand est-ce que je sors ?? Quand est-ce que je pourrais me recoincer dans mon métro quotidien, bien écraser et bien content de marcher droit, quand est-ce que j'arrêterais d'avoir des bouffées d'angoisse quand on est tous serrer comme des sardines ? Pourquoi quand je suis dans les bouchons, j'étouffe ? Pourquoi j'ai envie de fuir, de foutre le camp ? Vous devez sûrement avoir une pilule pour faire taire çà, pour me faire marcher sans sourciller comme les autres? une petite pilule pour que je puisse faire plein d'heures supplémentaires gratuites, pour rendre mon patron content de ma 'productivité'? Docteur, s'il vous plaît ! ? Et quand est-ce que je pourrais regarder un film en entier sans m'endormir à cause des somnifères ? " ...non ! ...Nous, on discutait de la terre, l'humanité, où cette grosse soupe de société allait bien nous amener... ouais pas de la parlote, pas du cache-vide... hein... pas du rituel de club de troisième âge, pas de ce cache-misère autour d'un pastis et puis deux et un troisième pour la route... et pan tu te plantes dans le fossé en rentrant? On discutait pendant que les heures s'égrainaient lentement... Ploc... Ploc... comme les boules en buis d'un chapelet. C'était une harmonie de pensée, une petite communion, un truc que les humains ne veulent pas vivre, ou plus vivre? Il ne faut plus avoir d'idéal? à part peut-être celui de gagner plein d'argent et construire sa baraque? Le reste c'est hors-la-loi, c'est immoral? Çà ne mène à rien, c'est inutile : Vivons au jour, le jour !

Comment on avait fait pour en arriver là tous les deux, comment on avait fait pour être classer marginaux ? Et surtout comment les autres marchaient et même courraient comme des fourmis affolées, sans cesse, dans tous les sens, avec un but sûrement, (il doit bien falloir un but) mais un but qui nous échappait et qui m'échappe encore...

C'était çà qui nous travaillait... Nous? hein? Pas tout le monde? Ca travaillait juste nous deux? hein? pas la nymphomane moche?. çà la travaillait pas çà, non... le triso et son journal non plus çà le travaillait pas ces questions, non, nous deux, là, seulement tous les deux, on se demandait vraiment pourquoi et où tout le monde courrait ?? On regardait ce monde de loin, dans le petit univers feutré de l'hôpital? et on se demandait ce qui pouvait bien être attirant là-dedans?

Qu'est-ce qui le faisait bien courir le monde ? Hein ! Nous on courrait pas... en tout cas on courrait plus? on s'était arrêté un jour sur le bas côté? on avait mis le clignotant et on regardait passer les bagnoles? les petits bolides? on voulait pas se remettre à courir? pas rentrer de nouveau dans la course folle? en tout cas pas tant qu'on nous l'est pas expliquer le monde... et qu'on nous l'explique pas à coup de dollar, de yen, d'euro et de serpent monétaire... c'est pas expliquer çà... non... non! Pourquoi se tuer à bouger dans tous les sens, dépenser toute son énergie et mourir d'être user... Pourquoi ? Voilà? c'était nos questions? nos questions quand nous marchions le long des hauts-murs? nos questions, le long des parterres de fleurs débiles? côtes à côtes? les bras derrière le dos? à pousser les cailloux du pieds?à chercher? toujours?

Mon psy, il avait renoncer de parler avec moi sur ce sujet, dès que je commençais il souriait à chaque fois... il devait se dire : " Voilà de la grandiloquence "... Je le voyais bien qu'il se disait çà... il devait croire que j'arrivais pas à discerner ce qu'il pensait... que je comprenais pas son petit manège de psy... je le voyais bien se dire que je cherchais à noyer le poisson... mais c'était pas vrai ce qu'il se disait, il faut trouver une raison pour marcher dans le système et là... Plouf ! ! ! ...Désolé, j'y arrivais pas... Me lever le matin pour jouer au petit esclave économique... J'y arrivais pas... Alors pourquoi on marche çà le faisait marrer, le psy... J'étais hors-sujet... L'important, c'était pas çà pour lui, c'était pourquoi ces saletés de neuroleptiques marchaient pas sur moi ? ... Il avait tout essayer, le psy... Rien ne marchait... Les gouttes... On pouvait monter à 50, 100 gouttes Matin, Midi et Soir pendant des semaines... Impossible de me calmer... La haine et l'angoisse restaient là? Rien j'te dis... Y me changeait les marques... Tout le couloir de la chimie m'était passé dans le corps... Bayer, Rhône-Poulenc même combat... Plouf çà faisait... Çà tombait dans un grand gouffre? on entendait même pas quand çà touchait le fond? l'aurais mieux fallu me faire boire des Pelforth Brune tiens, au moins j'aurai été content? je l'aurai remercier le psy? là c'était plutôt la guerre, à trembler des mains? à donner des coups de têtes nerveux? des tics par-ci, des tics par là!

Hors sujet... dans ces petits yeux rieurs... je le voyais bien... c'était un spécialiste... mon psy... 60 balles au-dessus du plafond de la sécu... plus chère qu'une pipe chez une prostituée... Pas plus efficace... responsable de tout un bâtiment de fou... le bâtiment en face du mien... le bâtiment groseille en face du bâtiment framboise... je l'ai traîné deux ans... à coup de neuroleptiques... aucune amélioration... sauf ce constat, pour lui c'était sûr, j'étais très grave... merci, grand chef, je ne m'en étais pas rendu compte? Voilà à quoi çà sert de faire des années d'études?à part çà il avait ces yeux de rieurs? ouh, là, là Qu'est ce que j'étais grandiloquent? au moins y'en avait un de nous deux qui s'amusait et en plus c'était celui qui était payé !

Hors-sujet qu'on était Stéphane et moi... Tous les manuels de psychologie, psychiatrie, psychanalyse et psy machin-chose vous le diront... La maladie psychique est un désordre chimique du cerveau... pas un problème de sens... alors on peut claironner que le monde va mal, que rien n'est logique, que çà en vaut pas la peine? c'est une attitude tout à fait référencée dans le petit manuel du psy... c'est de la grandiosité... une généralisation que fait le malade pour éviter d'affronter ses problèmes à lui... ils vous le diront les psys... c'est un transfert... le malade dit : " Le monde va mal " alors que c'est lui qui va mal... c'est une ruse... faut pas les écouter, ceux qui bavardent sur le monde... c'est pour fuir qu'ils font çà... c'est des malades de la tête? ils fuient LEURS problèmes? sauf que moi, la fuite, elle m'avait fait atterrir dans une sacrée galère... la fuite... depuis deux ans elle me coûtait cher, la fuite... mais bon il faut payer pour être en bonne santé? et pis j'avais qu'à résoudre mes problèmes et laisser le nouvel ordre mondial faire sa vie... là....

On aurait mieux fait de faire du sport, tiens... plutôt que de rester là sans rien foutre... c'est pas malheureux... jeune... la vie devant... et se détruire comme çà... non franchement, un bon coup de pied au cul... et pis c'est tout? Au moins, allez courir les minettes, hein ! Çà c'est un truc de jeunes? Les boîtes, les bagnoles, le permis, la vie quoi ! Bougez-moi tous çà ! Et maintenant rompez ! Merci, Mon général ! Des raisonnements comme çà toutes ma famille m'en faisait bouffer: Le sport, la baise, la fête.... Voilà, la solution !!!! Dommage,çà ne marchait pas sur moi... j'étais un fou...

N'empêche pour une fois la vie à l'hôpital psy passait plus vite... D'habitude, le petit ronron du matin? le petit déjeuner : thé ou café? le silence des couloirs jusqu'à 11 heures... ensuite les chaises du patio qui se remplissaient et la lente fin de matinée... le midi? puis les heures de l'après-midi interminables à se balader entre le réfectoire, 'la salle de jeux' et la chambre... le souper à 18 heures... le soir qui s'installait, doucement, comme un chat qui fait sa couche... et la nuit, la nuit tant attendue pour dormir, pour tuer encore un peu de temps, en se disant que demain allait peut-être être différent, peut-être intéressant... mais le sommeil qui s'était barré... barré on ne sait où, malgré tous les pièges que la chimie avait déployés pour l'attraper et le garder, malgré tout ce que cela pourrait avoir d'utile de dormir, ces heures qui n'en finissaient pas d'être longues, toutes pareilles, sans reliefs... l'hôpital psychiatrique c'était le meilleur moyen de se rendre compte du temps, comme il est traître quand on s'intéresse à lui, ce dieu cruel qui fait sentir son poids, sa lourdeur à passer... le temps n'était pas un ami? il avait une tête de psychiatre rieur? qui prend ton fric et celui de la sécu? et qui te laisse avec tes angoisses de 'petit rêveur débile'?

On était hors sujet, c'est sûr, çà avait commencé comme çà à 15 ans, j'en ai eu marre des jeux vidéos, de la télé et des copains-copines à raconter nos petites soirées de plaisir à aller faire des boums? "et tu as déjà fumé du chite "... Çà m'a paru vide, très futile... Chevignon ou Dock-Marteens... Paris Saint Germain ou Marseille... Rien que des sujets dont on parle des heures et dont on a rien à foutre... En tous cas, moi, j'en avait rien à foutre... et personne pour penser comme moi... Tous à la même enseigne... "et t'as vu Les Guignols à la télé... mort de rire ! ! ! "... J'allais pas passer 70 ans de ma vie à regarder le dernier truc à la mode à la télé... J'allais pas me farcir 70 championnats de France de première division... Non ! !......Non, sauf... sauf que j'ai rien

trouvé d'autres... Rien j'te dis... à part les conseils des infirmiers psys... "faut pratiquer un sport "... Dès qu'on a un problème dans ce monde, faut appeler les infirmiers psys... c'est moi qui te le dis... Eux au moins n'ont pas l'intelligence des psys pour cacher qu'ils sont incapables?Tout le monde va se mettre à faire du sport et que çà saute... Les p'tits africains avec le ventre en boule... Boum, au water-polo... au moins çà fera de la bouffe au piranhas... les jeunes des banlieues au football? tous des Platini.. et on tape dans le ballon et pas sur la grand-mère... En Russie... tous à la gymnastique... çà sera toujours mieux que le communisme... Vouais ! ! le sport, je te dis LE SPORT... Quand tu fais du sport, t'es crevé... au moins quand t'es crevé, tu pense pas... tu vas pas te plaindre... direct au lit... au lit devant la télé, bien sûr... tu penseras encore moins....big brother is not watching you, il te cause dans le poste... Nuance ! Une génération de fous qui se crèvent au boulot et qui une fois le travail fini vont se crever dans les gymnases... Ah ! le voilà, le nouvel ordre mondial... J'en ai rêvé, Nike la fait !.. Ouais pas besoin de changer son nom à celui là... çà veut tout dire... et faites pas semblant de le prononcer à l'américaine... Nike...Nike....Nike. Mr Nike est bien français !

Je te dis donc, les infirmiers psys, ce sont les derniers remparts de cette société. Y peuvent pas s'empêcher de t'aider avec leurs supers conseils... C'est pas eux qui ont peur des malades dangereux dans les couloirs, c'est plutôt les fous qui les fuient. Y vont tout faire pour te faire rentrer dans le rang... comme les psys... tous le même combat... ton trouble est d'origine chimique... c'est une maladie... un échauffement, un étirement et hop, tout va aller mieux? UN, DEUX? UN, DEUX? Plus haut les genoux?

Bon d'accord, Y'en a certains, y'a pas photo... Ceux qui entendent des voix, ceux qui s'invente un passé, les demeurés qui ne comprennent rien à ce qui se passe autour... qui marcherait en plein au milieu d'une rue plein de bagnoles... tout heureux... Y'en a... Mais, y en a t-il tant que çà ? Hein !...Des fous... Parce que si je comprends bien dès qu'on veux plus boire du Coca-cola, qu'on dis stoppe à tout ce tas de boue, on est fou, Monsieur? Eh oui! On est bien vite catalogué? Il faut avoir envie de s'en mettre plein les fouilles, sinon gare? gare à la dépression? et ouais mon gars, t'es un dépressif? Tout les gens normaux aiment les bouchons, la pollution, les vapeurs de gaz, de cigarettes et la vitesse et le sexe? Si tu t'en fous de tout çà? t'es un fou, un dangereux sectaire? un asocial? le citoyen doit consommer dans l'ivresse ou il n'est pas! Les dépressifs, on est de plus en plus nombreux.. Voilà une race en voie d'apparition... sans parler de ceux qui s'ignorent... ceux qui fument clopes sur clopes, travaillent à s'en faire crever... ont des 'comportements compulsifs' comme disent les livres autorisés? ben pour les psys, on doit tous aller au même endroit... Pouf, l'hôpital psychiatrique... On y est tous... Fous, dépressifs, trisomiques, vieux que les maisons de retraite refusent parce que pauvres, tous parqués au même endroit, en attendant la mort, bien à l'écart, derrière les hauts murs? tous on se retrouve là : Là où la nouvelle société libre et "démocratique" - cette bonne vieille société triomphante de tout les obscurantismes- nous a mis, cachés à l'abri des regards des citoyens, qui s'ils nous voyaient ne pourraient pas consommer tranquilles... C'est la chimie du cerveau qui veut çà... Chercher pas autre chose... c'est la grande loi de nos synapses... tous parqués dans ce lieu où les carreaux du sol en plastique bleu -sale se décollent par panneaux entiers... et dessous, le ciment moderne... le bon vieux béton des villes? (sous le plastique, la rage)...

Ah, ouais, de l'idéal, j'en bouffais depuis deux ans... deux ans à chercher ce qui pouvaient bien faire marcher le monde... et à rien trouver... à part de vagues récompenses dans le ciel... si tu as bien été sage et tout... et mourir fier du devoir accompli... pour la patrie, pour la science et la démocratie... des trucs qui sont pas très ami avec la réflexion... des trucs qu'ont dit pour faire beau dans les documentaires tard le soir... des trucs qui sont enseignés par des gens qui sont les derniers à y croire? juste pour exploiter les blaireaux qui eux y croient, bien sûr? où s'ils n'y croient pas consomment, consomment, consomment en attendant la mort?.


III


Enfin voilà, à l'hôpital psy avec Stéphane, on s'était fait une petite hygiène de vie... on avait ranger le pyjama bleu taché de pisse, on s'habillait comme à l'extérieur?et, comme on nous avais autorisé à sortir dans la petite cour de terre qui servait de jardin, une fois que nous étions sûr que personne ne nous voyais, nous escaladions le grillage... nous nous retrouvions alors dans la partie dite libre de l'hôpital, la partie pour les gens du dehors, ou les 'travailleurs extérieurs' pouvaient se balader? Nous attendions que le gardien à l'entrée parte dans les bureaux ou parte se promener, et nous sortions l'air de rien, enfin nous prenions la direction du "café des sports " à trois pâtés de maison... Nous y faisions du sport pour faire plaisir aux infirmiers : celui qui boirait le plus de Pelforth avant 5 heures... c'était Stéphane qui gagnait toujours... il avait trop l'habitude, un vrai sportif de haut niveau... Notre petit manège n'était même pas repéré : les infirmiers psys à part les conseils bateaux, ils savaient pas faire grand chose et surtout pas la surveillance.... A cinq heures, on rentrait pour le goûter, on escaladait de nouveau le grillage? on venait boire notre bol de café et manger notre p'tit Brossard...

Après on allait discuter avec Marcel, l'émetteur radio, celui qui recevait des émissions que personne n'entendait... c'était le roi du captage de messages secrets? comme Jeanne d'Arc? mais des fois dans ces émissions, c'était nous les présentateurs... et qu'apparemment on était plutôt insultant envers Marcel dans ces émissions.. et que çà lui plaisait pas du tout.. qu'il allait nous mettre sur la figure si on continuait... Mais bon on le calmait toujours au bout d'un moment? j'étais même un peu plus à l'abri que les autres car je lui avais promis que si quelqu'un parlait en mal de lui, j'irais lui dire... çà l'avait rassuré, il m'aimait bien... dans sa radio à Marcel, je prenais pas souvent la parole...c'était pas le cas de Stéphane qui devait être trop nouveau... alors des fois, fallait que je me mette au milieu... parce que Stéphane, lui, il avait pas l'air d'apprécier d'être une vedette des ondes et d'être déranger par ses fans en furie...mais à part çà, on avait de bonnes discussions avec Marcel, les jours de grèves de l'ORTF...

Il était gentil ce Marcel, et jeune? 30 ans... il dépensait ses sous de sa pension de handicapé en café qu'il partageait largement avec tout le monde dans le service... même qu'il fallait plutôt l'aimer son café d'ailleurs... parce que sinon il boudait... et il fallait d'autant plus l'aimé qu'il en faisait toutes les heures... un Nescafé Spécial Filtre qu'il achetait... l'eau chaude, c'était l'eau chaude du robinet de la salle de jeu qu'on laissait couler un p'tit moment... et les verres on les lavait jamais... mais bon c'était comme les médicaments, c'était çà ou rien.....

Alors le café, il nous réchauffait le corps? çà tombait bien c'était l'hiver, cette gentille période où à l'hôpital psy, soit tu meurs de chaud, soit tu meurs de froid... oui, soit tu étais au secrétariat centrale généralement tout refait à neuf... n'oublions pas qu'il y a le bureau du directeur quand même... tu y crevais de chaud parce que le bonsaï du directeur ne supportait pas le froid... soit tu étais dans les bâtiments où on stocke les malades... très anciens les bâtiments... des années vingt les bâtiments, avec de très haut plafonds... pas de double vitrage, pas d'isolation... et tu y crevait de froid... le casse-tête du chauffagiste... de toutes façons c'était les malades qui perdaient à ce petit jeu?

Marcel cela faisait dix ans qu'il vivait à l'hôpital, il voulait plus en sortir... dehors les ondes radios étaient encore plus puissantes... dehors il devait plus sans rappeler... de toute façon, on lui livrait son café et son sucre, alors... tu passais dans la salle de jeux, l'après-midi, il était toujours à sa table avec son paquet de sucre devant lui... Quelque soit l'heure, il était là son verre rempli de café, et du "spécial filtre", tu ne lui en aurait pas fait boire un autre à Marcel... c'était peut-être la seule pub qui passait dans sa radio... "ce n'est pas la peine d'en rajouter "...

Sur Marcel aussi, les médicaments étaient impuissants, comme quoi ' le progrès n'est pas partagé par tous '... Marcel, il aurait bien aimer ne plus être un récepteur... c'est comme France-Info, sa radio répétait toujours la même chose... çà le fatiguait... Quand il était en crise, il me regardait tout le temps, je lui faisait " non " de la tête... "Non Marcel, on parle pas de toi"...çà le calmait deux minutes... et puis il craquait, alors il cherchait celui qu'il avait cru reconnaître dans la voix...pour lui casser la tête...

A part sa radio, Marcel était intelligent, cultivé même, mais les ondes ne lui avaient pas laisser le temps de faire parti de la société, ne lui avaient jamais permis de s'intégrer. Alors on l'avait mis là... Y paraît que c'est le meilleur endroit pour capter Radio Londres... Marcel s'était fait une raison qu'il nous disait... lui qu'on accusait d'avoir perdu la sienne... ils vous le diront les psys... bouffées délirantes... schizophrénie paranoïaque... à ce stade chronique, pas de guérison... des coups de neuroleptiques forts dans la tronche... et c'est tout... et si çà suffit pas ? ... ben, il faut que çà suffise...Alors Marcel traînait son incapacité de vivre en société à coup de café en grain... incapable de prouver aux autres qu'il était un homme... comme si çà suffisait pas d'avoir deux yeux, une bouche et de dire "bonjour " quand on te croise... non fallait pas être dérangeant... pas être dangereux pour soi et pour les autres diront les psys...et Marcel, c'était la radio nationale du Rwanda qu'il captait avec des tas d'appels au meurtre... comme quoi au Rwanda, tous les Marcel ne sont pas enfermer... Marcel maniait la cuillère à touiller à défaut de manier la machette... et c'est sûr rien que comme il te tendait ton verre de café d'une façon très décidée, on voyait bien que dans une autre vie il aurait pu faire parti des milices Hutus... comme tout le monde...

Après avec Stéphane, on allait glander à la salle télé, jusqu'au dîner de 18 heures... à regarder les jeux à grand-mère... On aimait pas mais il fallait bien cuver les Pelforths? souvent on s'endormait et c'était l'infirmier qui nous réveillait pour le repas? Le trisomique était là? à commenter tout haut ce qu'il voyait? le son de la télé ne le satisfaisait pas, il commentait tout, plus fort? il avait d'ailleurs pas si tort que çà? c'était un fan des Chiffres et des Lettres... fallait pas mettre autre chose... parce que là, il se calmait pas tant qu'il voyait pas la bonne et grosse tête de Patrice Laffont sur l'écran... il s'asseyait bien une heure avant pour pas louper l'émission? même s'il y comprenait rien, tu voyais comme il était content quand il la regardait? peut-être qu'il aimait cette émission comme une réminiscence de ses journées d'enfance passées avec sa mère... comme un rituel qui le rassurait d'être tout seul?

Sa mère d'ailleurs venait tous les mercredis... une petite vieille... elle venait avec le linge propre de son fils? Ce jour-là, ils se mettaient tous les deux dans le petit salon jaune-pisse pour discuter, çà leur était réservé... Tu les entendais, elle lui parlait comme à un petit enfant, un petit enfant de 33 ans et de 80 kilos? lui, il avait son gros sourire heureux le mercredi... Le matin, les infirmières l'habillait bien... il était tout fier... il disait des yeux : " Regardez comme je suis habillé, c'est pour ma maman "... son nom je crois que c'était Francis...

Francis était pensionnaire à plein temps de l'hôpital parce que sa mère n'avait pas d'argent pour le mettre ailleurs... alors tous les jours, il attendait sa maman, entre son journal du matin et les Chiffres et les Lettres de l'après-midi... sur le journal quand tu avais droit de le lire... c'est à dire l'après-midi uniquement... il avait écrit son prénom en gros caractère en plein milieu des articles... sur toute les pages... il avait mis toute la matinée pour faire çà... c'était un devoir qu'il s'était fixé... comme çà il se disait qu'il pouvait prêter son journal tranquille... on saurait bien que c'est le sien? on l'emporterait pas son journal... tout ce qu'il possédait sur terre, son journal.

Il faisait son tour de mettre la table aussi... comme tout le monde... les infirmiers l'avait dresser... quinze ans qu'il était là... depuis sa majorité... il allait y rester jusqu'à sa mort... pensionnaire à vie? il avait ses petites habitudes... il était tranquille... le seul truc qui le chagrinait, c'était qu'il était obligé de voir sa maman qu'une fois par semaine... quand elle partait il s'accrochait à elle... comme un gosse qu'on laisse à la maternelle... il gémissait tout ce qu'il pouvait... la maman se dirigeait doucement mais

sûrement vers la porte, elle disait : " Allons, Francis, Allons... ", elle s'avançait petit à petit vers la sortie... elle regardait les infirmiers en disant des yeux : " Excusez-nous du dérangement "... elle souriait gênée... puis on lui ouvrait la porte... et les infirmiers tenaient Francis pendant qu'elle partait vite...

Alors Francis piquait sa crise et tapait contre les murs... les infirmiers le laissaient faire, sans trop s'approcher? Ils lui parlaient doucement, le rassuraient, lui disaient qu'il reverrait sa mère, qu'elle allait revenir... Petit à petit il se calmait... il restait plus d'une demi-heure devant la porte... il regardait au loin au cas ou sa mère viendrait le rechercher? le rechercher pour l'emmener dans sa chambre comme pendant certains week-end? puis il se résignait, doucement? poussant de petits gémissements... lançant encore quelques petits regards... baissant la tête? il se détournait alors de la porte, les yeux fixés au sol? lentement, hésitant?tiraillé par un espoir tenace, bouffer par la certitude que sa mère ne pouvait pas le laisser là avec tous ces gens qui ne l'aimaient pas, qui ne lui bordaient pas le lit le soir au coucher, qui ne lui racontaient pas de jolies histoires, qui ne pensaient qu'à lui piquer son journal...Sur ses bonnes joues toutes roses coulaient de grosses larmes silencieuses, ponctuées de temps à autre par de gros hoquets ? Enfin, redevenant petit à petit un légume vide comme nous, perdu dans ses pensées de trisomique, le regard résolument au sol, il se décidait à bouger, longeait le mur du hall d'entrée pour monter dans sa chambre? Il ne reparaissait qu'au repas du soir, de nouveau tranquille, de nouveau souriant, jusqu'au prochain mercredi, qu'il attendait avec toute l'impatience possible?

Je suis sûr que si j'y retournai, je le retrouverai avec la même routine... à attendre de pouvoir lire son journal l'après-midi... Image:Exemple.jpg